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Lutte contre le décrochage scolaire. Etude de projets Européens

Par Sylvie Martin-Dametto publié 21/07/2015 16:00, Dernière modification 14/04/2016 11:10
Etude des impacts produits sur le travail des équipes et sur les jeunes de projets européens portant sur la prévention et la lutte contre le décrochage scolaire.

L'Agence Erasmus+ / Education & Formation, a confié à l'Institut Français de l'Education, en collaboration avec le département Education et Société du réseau Canopé, l'étude des impacts produits sur le travail des équipes et sur les jeunes de projets européens portant sur la prévention et la lutte contre le décrochage scolaire.

Un échantillon de 34 projets, financés dans le cadre du programme européen pour l'éducation tout au long de la vie, a fait l'objet d'une analyse aboutissant à une classification par type d'objectifs. Parmi ces 34 projets, 7 d'entre eux ont ensuite été sélectionnés pour une étude d'impacts plus approfondie. Les critères ayant permis de sélectionner ces sept projets sont :  critère de diversité du public visé, critère de la localisation géographique, critère du portage institutionnel, critère des types de partenariats et de financements européens.

Contexte de cette étude

L’agence Erasmus+ France/Education & Formation a pour mission de promouvoir des projets européens innovants dans le secteur de l’éducation et de la formation. .

L’Agence a mandaté l’Institut Français de l’Education (IFÉ-ENS-Lyon), et plus particulièrement l'unité Veille et Analyse et le centre Alain-Savary, pour mener une étude compréhensive et qualitative autour des projets que soutient l’Agence Erasmus+ France / Education & Formation et qui ont un lien avec la lutte contre le décrochage scolaire. Il s’agit, avec les équipes, d’identifier les avancées que permettent de tels projets et d’apprécier l’impact des projets en cours en direction des jeunes, des professionnels, des organismes et de l’environnement local.

Après lecture de 34 dossiers, 7 projets ayant un lien avec le décrochage scolaire, très différents les uns des autres mais représentant la variété de tous les dossiers, ont été choisis pour une étude plus approfondie.

Cette étude compréhensive a été menée avec les équipes de professionnels engagés dans les sept projets retenus sans remise en cause des choix qui ont été les leur dans le cadre du projet.

La démarche des quatre investigateurs de cette étude : Régis GUYON, service Education et Société - réseau Canopé, Catherine PEROTIN, Directrice adjointe de l'Institut français de l'éducation, Rémi THIBERT, unité Veille et Analyse et Sylvie MARTIN DAMETTO, centre Alain-Savary, a nécessité de travailler en collaboration avec les porteurs et les acteurs opérationnels qui sont les experts du projet. Pour comprendre les impacts objectifs comme les impacts ressentis, les investigateurs ont interrogé les professionnels engagés dans les sept projets retenus concernant leurs connaissances des éléments tangibles et/ou intuitifs, objectifs et/ou subjectifs, qualitatifs et/ou quantitatifs qui constituent le projet.

Objectifs de l'étude

  • Comprendre les projets et leurs évolutions ;
  • expliciter en quoi les projets concourent à la lutte contre le décrochage et au raccrochage ;
  • formuler des recommandations pour de prochains appels à projet.

Notre démarche

Une démarche compréhensive pour

  • recueillir les témoignages des porteurs puis des acteurs opérationnels de chaque projet ;
  • décrire le travail ;
  • comprendre les tensions et les questions saillantes liées au montage, au portage et au pilotage d'un projet européen ;
  • analyser les conditions de l'efficacité en fonction des contextes ;
  • analyser l'impact des différents types de portage ;
  • proposer une évolution du prescrit qui prendrait mieux en compte la complexité des contextes et les contraintes de terrain ;

Nos questionnements

  • Quelles sont les conditions qui conduisent des professionnels à s'engager dans une dynamique de projet s'inscrivant dans le cadre des programmes de l'agence Erasmus+ France/ Education & Formation ?Trame pour conduire les entretiens avec les porteurs des 7 projets
  • Qui sont les jeunes ciblés par ces projets ?
  • Qui sont les porteurs de ces projets ?
  • Quelles connaissances du décrochage/raccrochage des pilotes et des acteurs de terrain ? Quelles hypothèses pour lutter contre le décrochage ?
  • Quels impacts sur les jeunes, sur les professionnels et dans les structures de prise en charge des jeunes ?

Plan du rapport

Télécharger le rapport (PDF - 54 pages - 1,5 Mo)

INTRODUCTION p 4

  • 1.1.  OBJECTIFS DE L’ETUDE  p 5
  • 1.2.  L’EQUIPE ENGAGEE  p 6
    • 1.2.1.  Membres de l’Institut Français de l'Education   p 6
    • 1.2.2.  Experts n’appartenant pas à l’Institut Français de l'Education  p 6
  • 1.3.  PRESENTATION DU RAPPORT  p 7
    • 1.3.1.  Déroulé de l’étude   p 7
    • 1.3.2.  Présentation succincte des 7 projets étudiés.  p 9
    • 1.3.3. Plan du rapport   p 12

QUELQUES RESULTATS DE RECHERCHE SUR LE DECROCHAGE.  P 13

RESULTATS DE L’ANALYSE DES DOSSIERS  p 18

  • 3.1.  COHERENCE TERRITORIALE  p 18
  • 3.2.  ÉCHANGES DE PRATIQUES  p 19
  • 3.3.  PARCOURS D’INSERTION p  20
  • 3.4.  AGIR DANS LA PREVENTION  p 20
  • 3.5.  À TRAVERS DES PROJETS DE DECOUVERTES  p 21

VUE SYNTHETIQUE DES 34 PROJETS LABELISES “DECROCHAGE SCOLAIRE” p 22

ETUDE DE SEPT DOSSIERS p 23

  • 4.1. ORIGINE DU PROJET p .23
    • 4.1.1. Des dynamiques de projets déjà engagées, pour lesquels les programmes de l’Agence Erasmus + France / Education & Formation sont une opportunité  p 23
    • 4.1.2.  Des projets portés par des convictions  p 24
    • 4.1.3.  Des projets ouverts vers des partenaires européens p 25
    • 4.1.4.  Portage et pilotage des projets européens à budget modéré p 26
    • 4.1.5.  Des professionnels de la conduite de projets européens et autres formes de projets  p 26
  • 4.2. PUBLICS CIBLE p 28
    • 4.2.1.  Des élèves en situation ou à risque de décrochage p 29
    • 4.2.2.  ... mixés avec un public plus scolaire p 29
    • 4.2.3.  et des professionnels  p 30
  • 4.3. PILOTAGE DES PROJETS p 30
    • 4.3.1.  Pilotage des Projets à budget modérés  p 30
    • 4.3.2.  Pilotage des projets portés par des professionnels du projet  p 31
    • 4.3.3.  Pour un pilotage plus efficace  p 32
  • 4.4. IMPACT DES PROJETS p 32
    • 4.4.1.  Les intentions annoncées lors de la conception des dossiers européens p 33
    • 4.4.2.  Les impacts constatés pour les Projets à Budgets Modérés p 34
    • 4.4.3. Les impacts constatés pour les projets portés par des professionnels p 46

CONCLUSIONS ET PRECONISATIONS  p 50

Conclusion et préconisations

Cette étude, aussi modeste soit-elle, souligne deux points importants :

  • Tout d’abord elle donne à voir la contribution indéniable des projets européens suivis par l’Agence Erasmus+ France / Education & Formation au service de la lutte contre le décrochage européen et pour la promotion la citoyenneté européenne. Un élève interrogé dans le cadre de cette étude disait : « Avant, l’Europe c’était des sujets pour la télévision, maintenant que j’ai des copains en Europe, je suis concerné ». Les projets que nous avons étudiés sont très différents mais tous de qualité. Les acteurs sont extrêmement motivés, ont le souci de les conduire efficacement et d’obtenir des résultats. Pour la plupart, ils inscrivent les équipes dans une démarche d’innovation ou d’expérimentation d’une ampleur nouvelle. La dimension européenne facilite la mobilisation des acteurs, ouvre des perspectives de mobilité et d’échanges et accroit le caractère innovant et l’ambition des actions conduites.
  • En deuxième lieu, cette étude semble confirmer l’importance de la prise en compte de la singularité des parcours de décrocheurs qui rend difficile tout travail systématique de repérage d’invariants, tout travail de modélisation de dispositifs hors contexte comme le proposent les porteurs de Projets Portés par des Professionnels. Ceci constitue sans doute une des raisons pour lesquelles les Projets à Budgets Modérés, impulsés par des acteurs de terrain, ont de grands effets pour les jeunes ciblés mais ne sont pas transposables à l’identique dans d’autres contextes.

On peut également remarquer que les sujets traités par les projets concordent avec les points dont les travaux de recherches soulignent l’importance, sans toutefois couvrir tous les champs.

Les analyses que nous avons conduites nous amènent à proposer des recommandations portant sur :

  • la démarche de projet : l’évaluation des projets reste, comme dans beaucoup de cas, un point faible. Il faudrait la construire, quelle que soit l’ampleur du projet afin qu’elle soit utile aux acteurs et devienne un levier pour l’action en ciblant toujours l’impact des projets sur le décrochage ;
  • la nature des projets : nous proposons de maintenir des projets à budget modéré en développant les liens entre ces projets et la recherche ;
  • la valorisation et la diffusion des travaux : nous proposons de donner de la visibilité aux travaux produits au sein de réseaux d’acteurs européens et pour cela de créer :
    • un « observatoire -conservatoire – laboratoire » afin de constituer une base de connaissances sur les travaux européens portant sur le décrochage ;
    • une cartographie des projets ;
    • un réseau d’acteurs pour conduire des actions entre pairs ;
    • le choix des thématiques qui doit couvrir tous les axes de la lutte contre le décrochage, en particulier dans le domaine de la prévention.

Être plus attentif à l’évaluation de l’impact des actions sur le décrochage. 

La méthodologie de conduite de projet est apparue lors de nos visites comme bien maitrisée par les acteurs avec cependant une faiblesse sur l’évaluation (au sens de mesurer les progrès au cours de l'action conduite). Dans beaucoup de dossiers de candidature, la rubrique « évaluation » est faiblement renseignée.

L’évaluation de l’impact des actions sur le public des décrocheurs est extrêmement complexe, ce qui explique que dans les dossiers, comme dans la réalisation des projets, ce sujet soit traité de manière convenue, et au final assez légère. L’évaluation est parfois difficile à concevoir. Ainsi, lorsque des outils sont créés pour les formateurs ou accompagnateurs, dans le cadre d’un projet, leur mise en route et donc le temps nécessaire à en vérifier l’efficacité sur le décrochage dépasse la durée du projet. Pour autant, en dépit de ces difficultés, il serait nécessaire que l’évaluation soit un véritable objet de travail coconstruit avec tous les partenaires, à penser dès la conception. Cette attention serait de nature à infléchir certaines actions pour en améliorer la pertinence.

Pour que l’évaluation sorte d’un cadre strictement réglementaire pour devenir un élément constitutif de la définition et de la conduite du projet, un suivi des équipes est nécessaire en début et en cours de projet.

Des séminaires de travail pourraient être organisés par l’agence, rassemblant acteurs du projet, français et étrangers, chercheurs et experts afin d’analyser les processus d’évaluation mis en place et de travailler à leur amélioration. Il s’agit de définir pour chaque projet, des critères utiles à l’action et qui permettent de repérer, dans le temps du projet, de premiers effets sur le décrochage. Il faut être attentif à ne pas perdre de vue le sens de tous ces projets et donc veiller à ce que l’observation et l’analyse de l’impact des projets sur la diminution du décrochage restent les objets principaux du processus d’évaluation.

Maintenir des projets à budget modérés

Pour lutter contre le décrochage, que ce soit en matière de prévention, d’intervention ou de compensation, tous les pays européens mettent en avant l’importance de l’action partenariale et locale. Elle doit certes être reliée à des politiques régionales et nationales mais acteurs politiques, experts et chercheurs s’accordent sur ce point.

Nous avons constaté dans le cadre de cette étude que les projets portés par des établissements, des acteurs en prise directe avec les élèves en risque de décrochage permettent localement des avancées significatives à des coûts relativement modestes. Ils répondent de manière très pertinente à deux recommandations du groupe de travail européen : développer des actions locales et placer les jeunes au cœur des dispositifs.

Il nous semble donc important de maintenir ces projets à budgets modérés, de les valoriser, notamment auprès des instances académiques, et de les développer.

Un axe de développement pourrait être de favoriser la création de synergies avec des laboratoires de recherche locaux. On l’a vu, le fait de travailler entre partenaires européens permet aux équipes de prendre du recul, de réfléchir autrement. Cette démarche réflexive pourrait être amplifiée par un accompagnement par des chercheurs qui apporteraient une expertise d’une autre nature, complémentaire à celle des équipes engagées. L’évaluation au « fil du projet », la valorisation des acquis du projet, tout comme les régulations nécessaires en seraient ainsi facilitées.

Créer un « observatoire - conservatoire – laboratoire » des projets européens conduits pour lutter contre le décrochage.

Les équipes des projets à fort budget construisent des outils dont nous avons souligné la qualité mais qui restent faiblement connus. Les équipes à budget modéré, elles, choisissent une entrée souvent originale dans les projets européens et acquièrent une réelle expérience qu’il leur est cependant difficile de transmettre. La question de la diffusion des résultats obtenus par les projets européens reste toujours posée. 

Par ailleurs, si une équipe souhaite s’engager sur un projet européen de lutte contre le décrochage, elle dispose de peu d’éléments sur ce qui a déjà été fait. On a constaté que plusieurs équipes commencent leurs travaux en réalisant des synthèses de travaux de recherche qui existent déjà.

Il semble donc nécessaire d’une part de continuer à suivre tous les projets, comme c’est le cas actuellement par l’agence et par les instances européennes – observatoire – mais aussi de garder une trace de tous les projets européens qui sont conduit pour lutter contre le décrochage de manière à outiller les futurs porteurs de projet et à avancer des propositions nouvelles. Pour cela, il faudrait créer une base thématique – conservatoire - présentant tous ces projets. Cette première étape nécessaire n’est cependant pas suffisante. Il faudrait également que ces projets soient analysés – laboratoire - avec les équipes qui les ont conduits, par des experts afin d’en tirer des enseignements utiles à d’autres équipes. On pourrait également conduire des études transversales, par exemple portant sur tous les projets à caractère culturel ou sur tous les projets comportant des stages à l’étranger, afin analyser les points forts, les obstacles à surmonter, les nouvelles pistes à explorer etc.

Ainsi lorsqu’une équipe s’engagerait, elle disposerait d’une base de connaissance, d’une documentation professionnelle répondant à ses premières interrogations.

Cette documentation pourrait être complétée par une cartographie dynamique des projets européens portant sur le décrochage de manière à identifier rapidement les équipes qui travaillent sur ce sujet, faciliter les contacts et au final construire des projets à plus forte valeur ajoutée. 

Construire des outils d’une telle ambition peut faire l’objet d’un projet européen rassemblant chercheurs, experts, agences nationales et acteurs de terrain.

Développer un réseau d’acteurs de projets européens

Il serait intéressant de créer un réseau de pairs, tous porteurs ou acteurs de projets, sur plusieurs années, afin de mutualiser les compétences acquises lors de la conduite de ces projets. Chaque acteur acquiert, en effet, une forme d’expertise qui se perd à la fin de sa participation à des projets alors qu’elle pourrait considérablement aider d’autres équipes engagées ou qui souhaitent s’engager dans des projets de même type.

Ce réseau, porté par l’Agence Erasmus + France/Education & Formation, pourrait venir en complément de « l’observatoire – conservatoire - laboratoire », et faciliter le transfert d’expérience. Il constituerait aussi, pour l’Agence Erasmus + France/Education & Formation, comme pour d’autres instances, un important vivier de formateurs et d’accompagnateurs. Il pourrait ainsi se donner comme objets de travail la conception d’outils de formation ou d’accompagnement à distance, en réponse directe aux besoins de nouvelles équipes.

Choisir des thèmes prioritaires pour les futurs projets

Les premiers apprentissages, la souplesse des parcours, la possibilité de changer de voie facilement, la qualité de vie dans l’établissement, la formation des acteurs, enseignants et encadrants sont autant de sujets mis en avant par les travaux des chercheurs mais aussi par les rapports des experts français et européens. Les projets actuels proposent des actions sur des champs relevés par les chercheurs et les experts comme significatifs dans la lutte contre le décrochage, cependant, tous les champs ne sont pas encore couverts, en particulier dans le domaine prioritaire de la prévention.

Les solutions cherchées et trouvées dans le cadre des projets européens prennent corps dans un réseau de partenaires et gagnent ainsi en force, en originalité et en efficacité. Il est donc important d’orienter ces projets sur l’ensemble des facteurs les plus déterminants dans la prévention du décrochage et de manière systémique.

Ces questions sont évidemment extrêmement complexes mais cela justifie encore plus la nécessité d’une approche partenariale européenne et donne du sens au montage de projets ambitieux et coordonnés.

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