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Décrochage scolaire : quels obstacles, quels leviers ?

Par Sylvie Martin-Dametto publié 02/09/2015 12:05, Dernière modification 17/06/2018 14:31
"Si on veut travailler efficacement sur la thématique du décrochage scolaire, du début de la maternelle jusqu'au lycée, il faut commencer par dénaturaliser cette question". Jacques BERNARDIN, dans cet entretien, montre comment le fait de regarder la difficulté scolaire non pas comme le propre de certains élèves mais comme le propre des situations pédagogiques et didactiques proposées, redonne aux enseignants, aux formateurs et aux pilotes du pouvoir d'agir en revisitant les pratiques ordinaires de la classe.

Entretien avec Jacques BERNARDIN (Président du GFEN)

Le décrochage cognitif des élèves : un ancrage pour l'action des enseignants dès le premier degré

Jacques Bernardin propose aux enseignants du premier degré de s'emparer de la question du décrochage cognitif des élèves, dès les petites classes, comme d'une préoccupation professionnelle forte, "afin d'éviter une disqualification qui est d'abord symbolique face aux savoirs mais qui a tôt fait de devenir identitaire, c'est à dire des enfants qui disent "je suis nul"."

Voir la vidéo 1 de Jacques Bernardin (2min36) :

 

Différenciations active et passive, malentendus sociocognitifs

« Souvent l’école pêche par deux excès : d’un côté une réponse aux difficultés des élèves qui s’est traduite par une adaptation des tâches dans le sens de la simplification, de la fragmentation ou du surcroit d’aide qui, en fait, au lieu d’aider les élèves, vient enkyster et accroitre la différence par rapport aux autres élèves et donc participe à asseoir les difficultés alors même qu’on voudrait les résoudre. Et tout ça se passe à l’insu des enseignants... ».

Jacques Bernardin explicite avec des mots simples les processus de différenciations actives et passives. Il montre comment des pratiques enseignantes bienveillantes peuvent contribuer à creuser les inégalités scolaires entre les élèves, à leur insu. Il montre également comment les élèves les mieux intentionnés scolairement peuvent être victimes de malentendus socio-cognitifs, c’est à dire comment «  Certains élèves arrêtent leur activité au terme du faire quand d’autres ont compris que la phase qui suit, où l’on tire leçon de l’expérience, est sans doute la phase la plus importante ».

Voir la vidéo 2 de Jacques Bernardin (4min09) :

bernardin2

 

Aider les élèves en difficulté ou traiter de la difficulté rencontrée par ces élèves ?

« Parler d’élèves en difficulté c’est risquer de glisser vers une naturalisation des difficultés qui seraient inhérentes à l’élève et qui n’interrogeraient pas les processus qui ont participé à constituer ces difficultés. »

Jacques Bernardin propose de s’interroger sur la nature des difficultés rencontrées par les élèves et non pas sur leur origine. Il décrit trois grands types de difficultés que les élèves peuvent rencontrer, qui peuvent se cumuler, se croiser, « mais qui en tout cas méritent qu'on en fasse une analyse diagnostique un peu serrée si on veut pouvoir intervenir de façon pertinente sur les difficultés des élèves. »

  • Non-maîtrise de tâches de bas niveau
  • Posture à l’égard du savoir scolaire qui consiste à attribuer le savoir à l’enseignant sans percevoir l’importance de l’engagement et de la persévérance dans l’activité, sans faire le lien entre le but de l’activité (le faire) et l’enjeu de l’activité (le comprendre)
  • Des malentendus dans le rapport au langage ; par exemple penser que la construction de la signification d’un texte se cantonne à la compréhension de chaque mot vs mettre en cohérence, en articulation chacun des niveaux pour construire une signification de la phrase, à raccrocher avec la phrase précédente et la suivante pour co-construire au fur et à mesure le sens global du texte ; ou encore croire qu’on écrit pour dire ce qu’on pense et qu’on a déjà en tête, vs écrire pour élaborer de la pensée et mieux penser ce qu’on veut dire...

Voir la vidéo 3 de Jacques Bernardin (4min26) :