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Langues et rencontre interculturelle en éducation : loyautés, conflits, autorisations

Par Stéphane Kus publié 19/08/2013 15:45, Dernière modification 14/04/2016 12:05
À partir de son expérience professionnelle d'enseignante auprès des EANA (Élèves Allophones Nouvellement Arrivés) et de ses recherches menées en tant qu'enseignante-chercheure, Cécile Goï a développé les problématiques liées à la confrontation des langues de l'école et des langues familiales des enfants. Elle a aussi abordé les dimensions interculturelles et la place des conflits de loyauté à l'œuvre dans les dynamiques d'autorisation à réussir des élèves allophones à l'école.

Autoriser et s’autoriser à réussir.

En référence au sociologue clinicien Vincent De Gauléjac, Cécile Goï a interrogé cette délicate question de l’autorisation  à réussir qui renvoie d’une part à l’individu lui-même, et à celles et ceux qui font autorité sur lui, ses parents mais aussi ses enseignants. « Faire autorité pour l'autre nous rend responsable de la dimension à faire grandir, à faire évoluer afin qu’il puisse devenir auteur de sa propre vie » nous dit la chercheuse. Dans les contextes de la migration, les contacts de langues, la rencontre des cultures, les processus d’acculturation, les tensions sous-jacentes à l'autorisation à réussir se complexifient. Dans certains cas mieux réussir que ses ascendants est une gratification mais dans d’autres cela peut relever de la trahison d’où cette notion de « conflit de loyauté ». Réussir c’est s'émanciper. Par exemple, il est fréquent, dans la migration, que les enfants apprennent plus vite le français que leurs parents et s'approprient aussi plus rapidement les codes sociaux. Que l’enfant ait un rôle d’interprète, à un moment donné, relève de l’ordre de la solidarité familiale mais lorsqu’il s’agit d’une inversion des positions symboliques cela peut engendrer des tensions difficiles à identifier et à dépasser pour l’ensemble du groupe familial.
D’une autre façon, en ce qui concerne l’investissement de la langue d’accueil, il n’est pas rare que la peur de la perte de sa langue maternelle engendre des comportements d’inhibition des processus cognitifs d’autant quand les enseignants s’inquiètent d’un parasitage de la langue maternelle sur l’appropriation de la langue de scolarisation.
Cécile Goï a ensuite fait référence au philosophe et psychanalyste Daniel Sibony pour interroger les phénomènes de l’entre-deux langues, l’entre-deux cultures. Pour se frotter sereinement à l’altérité, il faut être sûr de sa culture. Se sentir en danger c’est lorsque l’on vit une insécurité culturelle comme une insécurité linguistique. La crainte de l’altération se pose là.
Il en va de même pour la question du rapport au savoir et les dynamiques d’apprentissage. Rentrer dans un savoir c’est se démarquer d’affiliations parfois prescrites tel que « toi tu es comme ton père… » ; c’est aussi prendre le risque d’apprendre des choses qui ne sont pas forcément sues ou dites dans la famille, jusqu’au secret de famille qu’il ne serait pas bon de « savoir ».
Pour finir la chercheure préconise un accompagnement au dégagement des tensions liées  aux conflits de loyauté, au démêlage des organisations des affiliations en faisant de la place à ce que l’enfant est aujourd'hui et maintenant dans tous ses espaces et dans ce qu'il était avant. En d’autres termes c’est l’aider à concilier, réconcilier le continuum biographique par un travail réflexif sur les langues avec une connaissance et une reconnaissance de ses langues.

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