Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Centre Alain Savary
Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Education prioritaire / Actualités de l'Education Prioritaire / Refondation de l’éducation prioritaire : des engagements à éprouver dans le monde réel ?

Refondation de l’éducation prioritaire : des engagements à éprouver dans le monde réel ?

Par Stéphane Kus publié 23/01/2014 14:10, Dernière modification 14/04/2016 11:31
Pratiques pédagogiques et climat scolaire, ressources humaines, réorganisation du pilotage et de la formation dans les réseaux de l’éducation prioritaire (REP et REP+) : telles sont les dimensions retenues comme structurantes dans la "refondation de l’éducation prioritaire" annoncée le 16 janvier 2014. Comme de coutume, la presse n’a retenu que le plus simple : primes doublées et temps de travail aménagé en REP+. L’affichage d’un plan structuré sur quatre ans, les conditions de la formation et de l’accompagnement dans les réseaux, moins lisibles pour le grand public, sont parfois passés au second plan. Si les acteurs du débat public ont majoritairement souligné leur appréciation positive, beaucoup ont néanmoins précisé que c’est le détail et la qualité de la mise en œuvre qui pourrait permettre d’espérer un impact sur les pratiques, sur les résultats des élèves et sur la réduction des inégalités de réussite scolaire…

Accompagner, enfin ?

Sans surprise, l’axe pédagogique est défini par plusieurs mesures : « plus de maîtres que de classes » (un poste pour chaque école d’éducation prioritaire à l’horizon de quatre ans) et la scolarisation des enfants de deux ans, l’accompagnement pour le travail personnel des élèves et le développement des internats de proximité au collège. Nouveauté, l’annonce d’un « référentiel » précisant les leviers reconnus pertinents par l’institution, la recherche ou les savoirs de métier. Il sera évidemment attendu et s’il est légitimé par les acteurs, il pourra constituer un véritable guide pour l’action.

Mais c’est le « grand plan de formation continue et d’accompagnement pour l’éducation prioritaire » qui constitue le défi du plan annoncé. Qu’il réussisse, et la demande largement exprimée dans les différentes phases des Assises, de ne plus se sentir « seul au front » trouvera une réponse qui pourra être de nature à nourrir des dynamiques locales mobilisatrices. Organisées au plus près des réseaux eux-mêmes, les formations/ accompagnements seront rendues possibles par « la constitution de centres de ressources et d’équipes de formateurs-accompagnateurs ».

Reste à en construire les modalités concrètes de pilotage. Il semble que l’articulation entre le pilotage et la formation soit le défi à surmonter :

  • on sait que les ressources académiques, notamment dans les Centres Académiques Ressources pour l’Education Prioritaire) on été largement réduites par les coupes claires sur ces postes. Il faut donc reconstruire le vivier de formateurs et les réseaux de formateurs de formateurs pour développer des espaces d’échanges professionnels en éducation prioritaire.
  • Mais au-delà, on sait aussi que l’articulation des différents métiers « intermédiaires » (coordonnateurs, référents, conseillers pédagogiques, directeurs d’école…) avec l’action des pilotes (inspecteurs, chefs d’établissements…) ne va pas de soi, parce qu'il questionne les missions et les postures de chacun, la complémentarité des actions des uns et des autres, dans un système qui reste « vertical » (prescrivant des normes et des réglements) tout en demandant aux acteurs de construire « horizontalement » les projets et les conditions de la réussite.

Les conditions locales de mise en œuvre de ce nouveau plan, en matière de pilotage et de formation, seront donc déterminantes : si les rectorats, les académies, les départements s’en emparent, les font vivre, les investissent, on peut raisonnablement imaginer des progrès notables. S’ils n’y parviennent pas, les effets sur le terrain seront faibles. C’est donc clairement l’articulation entre les trois niveaux (national, académique, local) qui sera déterminante.

Quelle responsabilité pour chaque niveau ?

  • Au niveau national de fixer le cadre. A lui, évidemment, d’indiquer le cap, de définir les priorités et le cap. À lui aussi de construire les maillons de ce réseau national de l’Éducation prioritaire, par un plan ambitieux de formation de formateurs, issus des métiers de l’éducation prioritaire, pour reconstruire le réseau de ressources qui fait tant défaut.
  • Au niveau académique d’impulser le travail, de dégager les moyens d’une formation de qualité, de mutualiser les énergies et les projets, de faire vivre des collectifs intermétiers chez les formateurs et les pilotes. D’ores et déjà, nombre d’académies se sont mises au travail, et prennent à bras le corps la question de l’accompagnement des équipes, sur le "plus de maîtres que de classes", la scolarisation des petits, le rapport aux familles, l’aide à l’acquisition des savoirs.
  • Au niveau local, si les appuis le lui permettent, de renforcer les synergies, de prioriser les objets de travail, d’inscrire les chantiers dans la durée, de définir les ingénieries de formation efficaces, en développant les occasions d’observer les élèves et de mieux comprendre la nature de leurs difficultés d’apprentissages, en identifiant mieux les problèmes professionnels rencontrés par les enseignants et les personnels d’éducation, en croisant les références théoriques, en problématisant l’expérience, en se centrant davantage sur les questions ordinaires de l’enseignement : mise au travail et aide aux élèves, développement des langages, compréhension de l’écrit, renforcement de la confiance et de l’estime de soi.

Des priorités à faire vivre dans la durée

Depuis plusieurs années, les différentes approches de la recherche convergent, même si elles n’échappent pas aux grands débats d’idées sur ce qui est à prioriser. Citons cependant le travail de l’équipe Théodile de Lille, sous la direction d’Yves Reuter[1], qui lors de sa plongée de longue durée dans une école de l’éducation prioritaire, définissait onze directions constitutives de l’efficacité éducative d’une école. Pour peu que les niveaux national, l’académique et le local agissent dans la même direction, les équipes peuvent y trouver des pistes mobilisatrices pour leur quotidien :

  • solidarité des enseignants, concertation maternelle-élémentaire
  • construction collective de règles de fonctionnement, respect scrupuleux de la part des élèves et des maîtres,
  • information précise des parents, souci de leur implication,
  • accent mis sur la coopération et l’entraide, reconnaissance du sujet-élève
  • importance accordée à la notion de travail, à sa conscientisation, à la valorisation des efforts de chacun,
  • pour les élèves, articulation entre production et attitude réflexive, capacité de mesurer l’évolution des progrès…
  • diversité des catégories d’activités proposées aux élèves pour acquérir les savoirs,
  • établissement d’un climat propice aux apprentissages (sérénité, droit à l’erreur, droit à l’aide),
  • recherche de clarté quant aux cadres, règles, tâches, objectifs…,
  • place importante attribuée au temps, pour que l’enseignant puisse s’ajuster au cheminement de chaque élève,
  • construction d’une culture commune, inscription dans une histoire scolaire.

L'équipe du centre Alain-Savary

[1] REUTER, Yves (dir.), équipe Théodile, Une école Freinet. Fonctionnements et effets d’une pédagogie alternative en milieu populaire, L’Harmattan, juin 2007. On peut lire une présentation de cette recherche sur le site du café pédagogique : "Des écoles Freinet sur la loupe de l'Université", et un chapitre de la recherche, "Les principes de fonctionnement de l'école "Freinet" "

Présentation du centre

vignette-teaser-cas

Lettre d'actualités
newsletters Pour vous abonner, entrez votre adresse de messagerie :

Actualités
19/06/2018 Conseillers pédagogiques à Cluses (74), Aude Valéro et Eric Sonzogni ont mis en place les conditions de l'accompagnement et de l'évaluation du travail mis en oeuvre avec les écoles travaillant dans le cadre du dispositif "Plus de maitres que de classes". Verdict en graphiques.
02/06/2018 En quoi les propos d’un sociologue de l’action publique peuvent-ils rejoindre les préoccupations des formateurs et des pilotes ? Xavier Pons s’intéresse à la façon dont les politiques conçoivent et mettent en oeuvre des réformes, et donc cherche à comprendre les relations entre les acteurs. En plongeant dans les vingt dernières années de politiques éducatives, il nous livre des clés tout à fait utiles pour comprendre et agir au présent.
30/05/2018 A vos agendas ! Les formations du centre Alain-Savary, organisées dans le cadre de l'IFE, sont accessibles gratuitement aux cadres, formateurs, coordonnateurs, qui souhaitent y participer. Les formations ont lieu à l’IFE 19 allée de Fontenay 69007 Lyon. Elles sont destinées à soutenir et outiller les professionnels en charge de construire des espaces de formation, d'accompagnement et de travail collectif des personnels enseignants et éducatifs.
22/05/2018 "Écrire c'est à la fois calligraphier, copier, encoder et produire" explique Bernadette Kervyn, maitre de conférence à l'université de Bordeaux lors de son intervention en formation de formateurs à l'IFÉ en novembre 2017. Partie prenante de la recherche Lire et Ecrire, elle s'intéresse particulièrement à l'écriture : encodage, copie différée et production d'écrits.
07/05/2018 Lors de son intervention à l'Institut Français de l'Education, Marie-France Bishop, professeure des universités en sciences de l'Education, spécialiste de didactique du français, à l'université de Cergy Pontoise s’est exprimée sur les résultats de la recherche Lire et Ecrire en ce qui concerne la compréhension en lecture. Marie-France Bishop décline les résultats de la recherche selon trois points de vue, celui des élèves, celui des enseignants et celui des formateurs : - Qu’est-ce que la recherche a observé des difficultés des élèves en compréhension de lecture ? - Qu'est-ce que la recherche a montré de ce que les enseignants enseignent de la compréhension ? - Quelle formation mettre en place pour que la compréhension soit enseignée à tous les élèves de façon efficace ?
04/05/2018 Le 5 et 6 avril 2018 a eu lieu le colloque international EVASCOL sur le thème « École, migration, itinérance : regards croisés ». Ce fut l’occasion d’interroger la place de l’enseignement et l’apprentissage des mathématiques dans des contextes variés, et plus singulièrement la place de l’histoire et la culture/les cultures des mathématiques. La question d'enseignement à des élèves en situation d'allophonie (EANA=élève allophone nouvel arrivant) permet de travailler les langages qui sont au cœur de l'enseignement et l'apprentissage de la discipline. Tout en prenant en compte la nécessité de différentes modalités de prise en charge des élèves allophones dans une école inclusive, cette question de la confrontation à l'histoire et la culture des mathématiques par la médiation des langages touche tous les élèves, ainsi le propos de cet article cible tous les élèves.
25/04/2018 Le Centre Alain Savary produit des ressources, organise des séminaires et des formations sur la thématique des relations École-Familles. Lors de ces travaux nous avons eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises avec l'Association des collectifs enfants parents professionnels (ACEPP). L'ouvrage ci-dessous donne un nouvel écho d'une démarche que conduit cette association : les Universités populaires de parents (UPP).
10/04/2018 Réunis à l'IFé pour la deuxième session de la formation "Gérer les élèves "perturbateurs", concevoir des formations pour soutenir les enseignants", les stagiaires ont travaillé - à partir de leur vécu de formateurs et d'accompagnants, de témoignages de formateurs, et d'analyses de vidéos de situations de classe - pour identifier les freins et leviers pour construire des formations.
04/04/2018 Michel Ramos est enseignant/formateur à la faculté d'éducation de l'université de Montpellier (partenaire de l'ESPE) depuis plusieurs années. Il travaille avec ses étudiants et avec les enseignants stagiaires, à partir de vidéos de séquences courtes mettant en scène des enseignants, débutants ou chevronnés. Il témoigne de la difficulté, pour les formateurs comme pour les enseignants, de conduire un travail d'analyse et affirme la nécessité de se doter d'outils collectifs pour se prémunir de la tendance au jugement.
30/03/2018 Françoise Estival est une professeure des écoles expérimentée qui exerce dans la Drôme. Depuis 2002 elle a une mission d’accueil et d’accompagnement de parcours de scolarisation d’élèves allophones nouvellement arrivés au sein du dispositif UPE2A. Dès le départ, cette enseignante a rapidement constaté que le temps dédié à l’apprentissage de la langue française et celui de l’accompagnement dans le processus d’acculturation à l’école étaient bien insuffisants. Elle a alors fondé une association Faciliter le langage aux enfants (FLE).
Contacts

Centre Alain-Savary

IFé - ENS de Lyon
15 parvis René Descartes
BP 7000
69342 Lyon Cedex 07

courriel : cas.ife[at]ens-lyon.fr