Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Centre Alain Savary
Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Education prioritaire / Ressources / Axe 3 : Coopérer avec les parents et les partenaires / Renforcer les relations parents-école

Renforcer les relations parents-école

Par Stéphane Kus publié 27/09/2013 14:20, Dernière modification 14/04/2016 11:31
« Les relations entre École et Famille » sont une question vive dans l’actualité institutionnelle, plus saillante encore en Éducation prioritaire. Les incidents liés à des conflits entre adultes cristallisent le savoir-faire de l’enseignant sur la gestion de conflits alors que les enjeux concernent au premier plan les apprentissages et la scolarité de l’enfant. Famille et École sont deux institutions interdépendantes et l’enfant, seul, n’est pas en capacité d’en décoder les complexités pour établir des liens, d’autant quand la culture scolaire est éloignée de la culture familiale. Il a donc besoin que les adultes dialoguent sereinement et se comprennent pour, l’étayer dans la construction de ses apprentissages et, l’aider à trouver sa place en tant qu’élève et citoyen.

Télécharger la fiche imprimable (3 pages) au format PDF

 

« Les relations entre École et Famille » sont une question vive dans l’actualité institutionnelle, plus saillante encore en Éducation prioritaire. Les incidents liés à des conflits entre adultes cristallisent le savoir-faire de l’enseignant sur la gestion de conflits alors que les enjeux concernent au premier plan les apprentissages et la scolarité de l’enfant.

 

Famille et École sont deux institutions interdépendantes et l’enfant, seul, n’est pas en capacité d’en décoder les complexités pour établir des liens, d’autant quand la culture scolaire est éloignée de la culture familiale. Il a donc besoin que les adultes dialoguent sereinement et se comprennent pour, l’étayer dans la construction de ses apprentissages et, l’aider à trouver sa place en tant qu’élève et citoyen.

Peurs réciproques  et malentendus

Les appréhensions et les peurs qui se manifestent dans les enjeux de la rencontre parent-enseignant sont manifestes de part et d’autre. C’est ce qu’illustrent très bien les documents vidéo d’ATD-Quart Monde.

Du côté des parents les moins prédisposés à se rendre à l’école, prédomine le sentiment d’incompétence au niveau de la maîtrise de la langue et des codes scolaires. Le poids  des regards stigmatisant pèse au point de penser que leur présence à l’école serait préjudiciable à leur enfant et de ce fait, en incite certains à ne pas se manifester dans l’intérêt même de leur enfant. Culpabilité et honte sont des sentiments qui rendent difficile l’initiative de la rencontre avec l’école. Pour les  professionnels, l’absence de parents partenaires construit un regard sur ces  familles comme « un lieu de carences éducatives accompagnées des stigmates de la pauvreté ou de l’exotisme ». (Périer[1])

D’un autre côté, certains enseignants expriment un sentiment d’incompétence patent pour accomplir un acte professionnel pour lequel ils n’ont pas été formés. Ils se sentent démunis pour gérer des situations délicates lorsqu’il s’agit par exemple de discuter d’une orientation vers le soin ou de gérer des parents en désarroi  un tant soit peu agressifs. Jeunes et peu expérimentés, il leur semble bien difficile de s’adresser à des personnes qui ont plus d’expérience de la vie qu’eux, dans un contexte social, culturel et territorial qu’ils ne connaissent pas vraiment bien.

Et pourtant, les parents de milieux populaires sont en général prédisposés à reconnaître la compétence des enseignants et à leur faire confiance nous apprend Pierre Périer. Suivant cette logique nous dit encore le chercheur, ils attendent d’être sollicités par l’école. Mais  lorsqu’ils sont convoqués le problème a déjà atteint un point critique. Les parents impuissants « se sentent abusés, trahis, et la confiance initiale vire au soupçon à la défiance. »  (Périer[2])

Pour entrer en relation, clarifier, développer et institutionnaliser des pratiques

Dans la rencontre entre les parents et les professionnels de l’éducation « la parité d’estime[3] » est déterminante pour tisser des liens de confiance. Recevoir le parent dans la classe et l’installer en position symbolique d’élève à la place de son enfant génère d’emblée une asymétrie peu favorable à des échanges entre adultes responsables qui partagent les mêmes enjeux, la réussite scolaire de l’enfant. La dynamique de développement des lieux d’accueil parents semble aller dans le sens d’une amélioration de l’accueil dans les établissements. Certaines municipalités ou collèges ont systématisé et institutionnalisé l’implantation de lieux d’accueil pour les parents. Des initiatives multiples existent aussi sur l’ensemble du territoire ce qui semble correspondre à un besoin réel. Cependant, l’ouverture d’un local dédié est une condition nécessaire à l’accueil mais pas suffisante au risque de fabriquer une coquille vide sans évolution des manières de rencontrer les parents, ou bien, de reproduire des fonctionnements que nous connaissons : une appropriation par les parents les plus en connivence avec l’école avec un contre-effet d’inaccessibilité pour les parents dits les plus éloignés de la culture scolaire. A partir d’un projet dont les objectifs et les responsabilités sont partagés, c’est un lieu, « au service de la relation » et de la « construction de la confiance » entre parents, entre professionnels et parents, contributif à l’émergence d’une alliance éducative.

Néanmoins, cette alliance éducative se construit à partir de pratiques institutionnalisées. Le dispositif que propose Catherine Hurtig-Delattre[4] est basé sur des principes de fonctionnement à la fois contraignants mais néanmoins ouverts sur des perspectives d’alliance  entre les parents d’élève et les enseignants. Deux fois dans l’année à dates fixées, chaque famille est invitée à se rendre à l’école, à l’heure qui lui convient le mieux, pour une demi-heure d’entretien avec des objectifs explicites : faire connaissance, faire le bilan de l’année.  Celles qui ne se présentent pas sont relancées avec insistance et persistance jusqu’à ce que le rendez-vous se concrétise. Un lieu adapté, une conversation entre adultes qui commence par une écoute des parents avant d’aborder la situation scolaire quelle qu’elle soit. Pour l’enseignant, la finalité est de tisser des liens, de constituer un capital confiance dans lequel puiser lorsqu’ il y aura à gérer d’éventuelles situations délicates, se décentrer pour acquérir une autre vision de l’enfant, appréhender la diversité culturelle des familles et l’hétérogénéité de leurs rapports à l’institution scolaire. Si, en petite  section maternelle, cette démarche semble fondatrice de la relation des parents avec l’institution scolaire, elle reste fondamentale à tout moment de la scolarité mais plus encore à l’entrée au CP et en 6e.

A partir de l’entrée au cours préparatoire, la relation enseignant-parent(s) d’élèves se construit au quotidien, en particulier autour de l’objet des devoirs. Interdire les devoirs ne règle pas la complexité de la fonction qu’ils occupent dans les préoccupations de la majorité des parents d’élèves, relativement à la réussite scolaire de leur enfant. La manière dont les devoirs sont appréhendés détermine la nature du rapport que les familles entretiennent avec l’école. Séverine Kakpo[5], sociologue, a montré combien les familles populaires ont investi, voire surinvesti, les devoirs à faire à la maison pour plusieurs raisons : ils croient en leur d’efficacité ; c’est une fenêtre ouverte sur le travail fait en classe ; c’est un objet de communication avec les enseignants. Mais aussi, lorsque l’enfant est en difficulté, les devoirs sont des supports à la construction d’une posture critique du travail de l’enseignant.  

La défocalisation sur cet objet de l’école ne semble pouvoir trouver son issue que lorsque la question de l’aide au travail personnel,  centrée sur l’activité cognitive réelle de l’élève, aura trouvé ses leviers d’efficacité, ce que Patrick Rayou conçoit comme « la boucle pédagogique du travail des élèves »[6].

Pour aller plus loin :

 


[1] Périer P.(2005). École et familles populaires. Sociologie d’un différend, PUR

[2] ibidem

[3] Notion développée par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) lors de l’expérimentation de la démarche  «Actions éducatives et familiales» (AEF).

[5] Kakpo S. (2012) Les devoirs à la maison. Mobilisation et désorientation des familles populaires, PUF

[6] P. Rayou (dir.) (2009), Faire ses devoirs, enjeux cognitifs et sociaux d’une pratique ordinaire, PUR

Présentation du centre

vignette-teaser-cas

Lettre d'actualités
newsletters Pour vous abonner, entrez votre adresse de messagerie :

Actualités
07/01/2019 Vous êtes toujours plus nombreux à visiter le site du centre Alain-Savary, et c’est pour nous un moteur supplémentaire pour 2019. Nous vous remercions pour l’intérêt que vous portez aux ressources publiées.
04/01/2019
04/01/2019 Mardi matin, mois de décembre 2017. Émilie et Élisabeth conduisent le rituel de l'appel : Compter les présents et les absents. Elles en font une activité de mathématiques qui permet de réinvestir certaines connaissances étudiées à d'autres moments sur le nombre .
04/01/2019 Émilie travaille en atelier avec un groupe de cinq élèves de PS et MS volontaires. Ils ont des cubes emboitables et doivent reconstruire une tour de la même hauteur que celle que la maitresse a cachée sous la boite.
04/01/2019 Comme chaque mardi en fin de journée, Émilie et Élisabeth décloisonnent leurs classes. Les élèves de PS sont réunis dans la salle d'Élisabeth qui conduit un atelier avec cinq d'entre eux. Trois monstres veulent partir en vacances, le tapis volant sera-t-il adapté à la situation ?
04/01/2019 Comme chaque mardi sur ce créneau horaire, les vingt-cinq élèves de MS d'Émilie et Élisabeth sont réunis pour une séance de résolution de problème. Les enseignantes alternent pour conduire ces séances qui ont lieu deux fois par semaine. Aujourd'hui c'est Émilie qui conduit l'activité pendant qu'Élisabeth travaille la situation "des monstres" avec les élèves de PS...
04/01/2019 Mardi matin, mois de décembre 2017, Élisabeth et Émilie conduisent la même activité en "miroir", chacune dans sa classe. Elles ont fabriqué les supports de travail ensemble, scénarisé l'activité ensemble, leurs objectifs d'apprentissage sont les mêmes, etc. Comparaison de deux manières de faire.
05/09/2018 Ce module de formation s'intéresse à un moment-clé de l'enseignement/apprentissage des mathématiques où l'enseignant propose une consigne de travail à la classe pour réaliser une tâche. Il a pour objectif de mettre en discussion ce qu'on met derrière le terme d'"explicitation" et de repérer des manières de faire plus ou moins efficaces en fonction du projet didactique de l'enseignant.
03/09/2018 Cette publication "Relations École-Familles de la maternelle au lycée" est le résultat de travaux conduits en séminaire par des praticiens, des formateurs et des chercheurs à partir de dispositifs pérennes qui ont fait leur preuve sur plusieurs années. C'est une ressource qui permet de nourrir l'action et la réflexion sur les relations entre enseignant(s)-parent(s), École et Familles de milieux populaires.
17/07/2018 Responsable du service "Veille & Analyses" de l'IFÉ, Olivier Rey précise à quelles conditions il lui semble possible de réformer le système éducatif. Il s'appuie sur le dossier qu'il a réalisé, pour rendre accessibles les résultats des recherches internationales sur la question.
Contacts

Centre Alain-Savary

IFé - ENS de Lyon
15 parvis René Descartes
BP 7000
69342 Lyon Cedex 07

courriel : cas.ife[at]ens-lyon.fr