Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Centre Alain Savary
Navigation

Réaliser un enseignement explicite

Par Stéphane Kus publié 27/09/2013 14:45, Dernière modification 14/04/2016 11:31
texte réalisé pour la préparation des Assises de l'Éducation prioritaire en 2013. Depuis quelques années, le vocable « pédagogie explicite » est utilisé par plusieurs courants de recherche, au risque de malentendus, mais un certain nombre de travaux aux fondements très différents nourrissent des propositions pédagogiques qui peuvent trouver des convergences.

Télécharger la fiche imprimable (2 pages) au format PDF

 

 

 

Du côté de ceux qui s’intéressent d’abord à la cognition[1], on souligne la nécessité d’outiller, dès la maternelle, tous les élèves des procédures de base (chronologie, repérage dans l’espace, catégorisation, attention, compréhension de l’implicite, développement de la mémoire de travail, phonologie), en « comprenant les causes plutôt qu’en se focalisant sur les effets » des difficultés des élèves. Ces chercheurs demandent donc aux enseignants de consacrer un temps suffisant aux répétitions, aux verbalisations qui guident l’action, à l’explication collective des conditions de réussite des tâches, « parce que réussir n’est pas comprendre ».

En effet, les élèves des milieux populaires peinent fréquemment pour identifier les enjeux d’apprentissages des tâches scolaires qui leur sont proposées. Nombre d’entre eux sont enfermés dans une logique du « faire », guident leur action sur la réussite immédiate de la réalisation de la tâche au détriment de sa signification. De ce fait, ils ont donc du mal à transférer leurs connaissances dans une nouvelle tâche, ou cherchent à appliquer sans réfléchir les procédures qu’ils maîtrisent à des situations inappropriées, alors que selon certains courants de recherche[2] la construction des savoirs scolaires impliquent une « activité de pensée » pour construire des concepts, abstraire les situations des contextes ou identifier des catégories de problèmes, passer des savoirs de la vie aux savoirs des disciplines (« secondarisation »).

Du côté des pratiques d’enseignement, il est extrêmement rare – et difficile – que cette « attitude de secondarisation » attendue soit explicitée et enseignée aux élèves. Les enseignants, parce qu’ils ont intégré cette « attitude de secondarisation » du fait de leur maîtrise des savoirs, passent sans cesse d’un registre premier à un registre second, ne s’attardant pas à expliciter ces changements de registre, parce que, pour eux, ce passage est devenu évident, « naturel ». Ils ont du coup du mal à se rendre compte que pour nombre d’élèves ces passages peuvent poser problème. Ce processus, qui construit des différences de manière « passive »[3] en requérant de tous ce qui n’est maîtrisé que par quelques-uns, se double souvent d’un second processus : une différenciation « active ». Celle-ci est un processus par lequel l’enseignant va, lors des mêmes tâches scolaires, solliciter davantage les élèves qui ont déjà construit cette « attitude de secondarisation » et au contraire solliciter les autres sur le registre premier des actions et des savoirs d’action, dans le but de ne pas les mettre en difficulté, mais renforçant la confusion entre la tâche demandée et l’activité intellectuelle.

Ces recherches renforcent la nécessité d’outiller les enseignants, par la formation initiale et continue, à renforcer leur capacité à être des « spécialistes de l’apprentissage » (et pas seulement du savoir), avec toute la difficulté que cela requiert lorsque les domaines d’enseignement sont multiples (polyvalence, bivalences…) et de renforcer les recherches sur les « pratiques pédagogiques efficaces », dans leurs multiples composantes professionnelles, en mobilisant à la fois les obstacles épistémologiques contenus dans les « savoirs à enseigner » et la compréhension de « ce que les élèves ne comprennent pas ».

Pour aller plus loin :


[1] Issus de différents courants, comme Fayol, Cèbe, Goigoux…

[2] ESCOL, s’appuyant sur les approches de Bernstein. Notons que les différentes approches confrontent leurs travaux dans le réseau RESEIDA

[3] J.-Y. Rochex et J. Crinon (dir.), La construction des inégalités scolaires. Au cœur des pratiques et des dispositifs d’enseignement, PUR, 2011

Présentation du centre

vignette-teaser-cas

Lettre d'actualités
newsletters Pour vous abonner, entrez votre adresse de messagerie :

Actualités
19/06/2018 Conseillers pédagogiques à Cluses (74), Aude Valéro et Eric Sonzogni ont mis en place les conditions de l'accompagnement et de l'évaluation du travail mis en oeuvre avec les écoles travaillant dans le cadre du dispositif "Plus de maitres que de classes". Verdict en graphiques.
02/06/2018 En quoi les propos d’un sociologue de l’action publique peuvent-ils rejoindre les préoccupations des formateurs et des pilotes ? Xavier Pons s’intéresse à la façon dont les politiques conçoivent et mettent en oeuvre des réformes, et donc cherche à comprendre les relations entre les acteurs. En plongeant dans les vingt dernières années de politiques éducatives, il nous livre des clés tout à fait utiles pour comprendre et agir au présent.
30/05/2018 A vos agendas ! Les formations du centre Alain-Savary, organisées dans le cadre de l'IFE, sont accessibles gratuitement aux cadres, formateurs, coordonnateurs, qui souhaitent y participer. Les formations ont lieu à l’IFE 19 allée de Fontenay 69007 Lyon. Elles sont destinées à soutenir et outiller les professionnels en charge de construire des espaces de formation, d'accompagnement et de travail collectif des personnels enseignants et éducatifs.
22/05/2018 "Écrire c'est à la fois calligraphier, copier, encoder et produire" explique Bernadette Kervyn, maitre de conférence à l'université de Bordeaux lors de son intervention en formation de formateurs à l'IFÉ en novembre 2017. Partie prenante de la recherche Lire et Ecrire, elle s'intéresse particulièrement à l'écriture : encodage, copie différée et production d'écrits.
07/05/2018 Lors de son intervention à l'Institut Français de l'Education, Marie-France Bishop, professeure des universités en sciences de l'Education, spécialiste de didactique du français, à l'université de Cergy Pontoise s’est exprimée sur les résultats de la recherche Lire et Ecrire en ce qui concerne la compréhension en lecture. Marie-France Bishop décline les résultats de la recherche selon trois points de vue, celui des élèves, celui des enseignants et celui des formateurs : - Qu’est-ce que la recherche a observé des difficultés des élèves en compréhension de lecture ? - Qu'est-ce que la recherche a montré de ce que les enseignants enseignent de la compréhension ? - Quelle formation mettre en place pour que la compréhension soit enseignée à tous les élèves de façon efficace ?
04/05/2018 Le 5 et 6 avril 2018 a eu lieu le colloque international EVASCOL sur le thème « École, migration, itinérance : regards croisés ». Ce fut l’occasion d’interroger la place de l’enseignement et l’apprentissage des mathématiques dans des contextes variés, et plus singulièrement la place de l’histoire et la culture/les cultures des mathématiques. La question d'enseignement à des élèves en situation d'allophonie (EANA=élève allophone nouvel arrivant) permet de travailler les langages qui sont au cœur de l'enseignement et l'apprentissage de la discipline. Tout en prenant en compte la nécessité de différentes modalités de prise en charge des élèves allophones dans une école inclusive, cette question de la confrontation à l'histoire et la culture des mathématiques par la médiation des langages touche tous les élèves, ainsi le propos de cet article cible tous les élèves.
25/04/2018 Le Centre Alain Savary produit des ressources, organise des séminaires et des formations sur la thématique des relations École-Familles. Lors de ces travaux nous avons eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises avec l'Association des collectifs enfants parents professionnels (ACEPP). L'ouvrage ci-dessous donne un nouvel écho d'une démarche que conduit cette association : les Universités populaires de parents (UPP).
10/04/2018 Réunis à l'IFé pour la deuxième session de la formation "Gérer les élèves "perturbateurs", concevoir des formations pour soutenir les enseignants", les stagiaires ont travaillé - à partir de leur vécu de formateurs et d'accompagnants, de témoignages de formateurs, et d'analyses de vidéos de situations de classe - pour identifier les freins et leviers pour construire des formations.
04/04/2018 Michel Ramos est enseignant/formateur à la faculté d'éducation de l'université de Montpellier (partenaire de l'ESPE) depuis plusieurs années. Il travaille avec ses étudiants et avec les enseignants stagiaires, à partir de vidéos de séquences courtes mettant en scène des enseignants, débutants ou chevronnés. Il témoigne de la difficulté, pour les formateurs comme pour les enseignants, de conduire un travail d'analyse et affirme la nécessité de se doter d'outils collectifs pour se prémunir de la tendance au jugement.
30/03/2018 Françoise Estival est une professeure des écoles expérimentée qui exerce dans la Drôme. Depuis 2002 elle a une mission d’accueil et d’accompagnement de parcours de scolarisation d’élèves allophones nouvellement arrivés au sein du dispositif UPE2A. Dès le départ, cette enseignante a rapidement constaté que le temps dédié à l’apprentissage de la langue française et celui de l’accompagnement dans le processus d’acculturation à l’école étaient bien insuffisants. Elle a alors fondé une association Faciliter le langage aux enfants (FLE).
Contacts

Centre Alain-Savary

IFé - ENS de Lyon
15 parvis René Descartes
BP 7000
69342 Lyon Cedex 07

courriel : cas.ife[at]ens-lyon.fr