Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Centre Alain Savary
Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Et encore... / Discriminations / Les journées d'étude 2011-2012 / L’hypothèse de la discrimination selon l’origine, une problématique encore difficile à appréhender pour les acteurs concernés, état des savoirs et pistes de travail, Fabrice Dhume, sociologue à l’ISCRA

L’hypothèse de la discrimination selon l’origine, une problématique encore difficile à appréhender pour les acteurs concernés, état des savoirs et pistes de travail, Fabrice Dhume, sociologue à l’ISCRA

Par stefani — publié 25/01/2012 10:55, Dernière modification 13/11/2019 09:10

Voir la vidéo de l'intervention de Fabrice Dhume


Fabrice dhume

La majorité des travaux de recherche explique les inégalités socio-éducatives et scolaire par les qualités différentes des publics. Si l'on a progressivement abandonné les références les plus visiblement naturalisantes, appuyées sur la mesure d'un « quotient intellectuel », une grande partie des études, y compris les plus récentes, maintient cette focale : on interroge la mobilisation et la participation des familles, on questionne la socialisation première des enfants, et leurs dispositions à l'égard de l'école ou plus généralement des normes, etc. On explique cela d'abord par des variables « sociales », c'est-à-dire en fait des positions socioprofessionnelles prises comme des caractéristiques des individus (et plus vraiment des rapports de classe).

Cette approche trouve également un large écho au niveau des acteurs publics, dont le travail est généralement défini par des populations cibles à éduquer, à insérer... Ces populations  sont officiellement définies par des « difficultés » ou une « vulnérabilité sociale ». Pour expliquer ces positions sociales déclassées, les acteurs publics – et parfois aussi les chercheurs - recourent aisément à des théories culturalistes ou handicapologiques (inégalité des dons, des intelligences, etc.).

Lorsqu'on introduit dans cette réflexion la question des catégories ethnico-raciales, il semble se produire une réaction particulière, et ceci pour deux raisons combinées. Premièrement, la doxa républicaine veut que l'on bannisse ces catégories, et que l'on utilise préférentiellement celles qui biaisent, comme le « territoire ». Il pèse un tabou sur les catégories ethnico-raciales, que la recherche comme l'action publique partagent souvent sans mettre en question les présupposés idéologiques de cette affaire (ou en y adhérant). Deuxièmement, le rejet de ces catégories, sous prétexte qu'elles « dénaturent » des questions avant tout « sociales » indique un rapport particulier à ces questions. On dénie l'existence de « races » naturellement inégales, mais on semble visiblement continuer à croire dans le sens naturaliste de cette catégorie. Tabou d'un côté, mais maintien d'une croyance primordialiste de l'autre : voilà bien une situation de prescription contradictoire.

Les usages du concept « d'origine », et le recours même à cette notion (qui euphémise à bien des égards la question) en témoignent : on pense « l'origine » comme une appartenance et une qualité primordiales des individus et des groupes. De là que la recherche s'escrime, depuis les années 1990, à objectiver une « origine » (quand elle ne combat pas avec force toute référence à cette question), en discutant de la meilleure manière de s'y prendre. Tout en reconnaissant que ce n'est qu'un pis-aller, on privilégie selon les cas : une entrée géographique (migration), généalogique (génération antérieures), juridique (nationalité), et souvent, bien qu'en contrebande : une lecture ethnico-raciale qui fait de la « différence » un problème.

La question de la discrimination ethnico-raciale vient renverser cette approche, en pointant d'abord le fait que ce regard sur le public conduit à le minoriser. C'est-à-dire que, par l'approche même de la question, on impute au public un statut social de mineur, par définition en-deçà de la norme ; ce faisant, on lui transfert une large part de la responsabilité de cette situation. Ce processus de minorisation fait écho, plus généralement, à l'idée d'éducation, qui suppose d'assujettir des populations pour produire des individus (FOUCAULT M., « Il faut défendre la société ». Cours au Collège de France, 1976 , Paris, Seuil/Gallimard, 1997 ; RANCIERE J., Le maître ignorant. Cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle, Paris, 10/18, 2004) - de là, peut-être, une difficulté particulière du champ éducatif à penser la discrimination. A travers ce mécanisme très banal de minorisation se produit et se confirme un ordre social fondé sur des inégalités de statut, de considération, de légitimité politique... qui justifient un traitement différent ou « adapté ».

La question de la discrimination est celle des pratiques et des fonctionnements institutionnels qui produisent les inégalités. Elle prend donc à contre-pied l'explication des inégalités par les publics, en montrant que ce regard même participe de reproduire et justifier un statut disqualifié ; cela concourt à tout le moins à occulter, des inégalités effectives de traitement. En s'appuyant sur le paradigme de l'ethnicité, la problématique de la discrimination prend dans le même temps à rebours l'approche de « l'origine », en montrant que cette construction sociale prend sens et forme dans des interactions entre des groupes, ou entre des individus et des institutions. C'est au fond la discrimination et l'ethnicisation qui (re)produisent de la différenciation.

A défaut d'opérer cette culbute dans la façon de formuler les problèmes, point de discriminations. Tout au plus verra-t-on d'exceptionnels épisodes « racistes », dans lesquels des professionnels s'en prennent ouvertement à leurs publics ; mais la forme singulièrement brutale de ces interactions, et leur exceptionnalité même, au regard de la banalité des mécanismes d'ethnicisation, semblera confirmer que le secteur éducatif n'est en soi pas concerné par le problème des discriminations.

A contrario, adopter des « lunettes sociales » adéquates, et se pencher sur la façon dont le fonctionnement des institutions éducatives et les pratiques de leurs agents traitent les publics conduit à voir des formes d'inégalité de traitement mettant en jeu les catégories ethnico-raciales. Une série de travaux sur ces questions, menées parfois de longue date, montre que ces processus sont souvent très banalisés, et aussi qu'ils s'inscrivent dans la plupart des dimensions qui constituent le fonctionnement des institutions éducatives et des interactions autour d'elles. L'hypothèse de la discrimination ethnico-raciale est donc une invitation à renouveler notre regard pour penser la façon dont les inégalités s'articulent à partir de l'action.

Voir la vidéo des échanges qui ont suivi l'intervention

 

échanges

 

Mots-clés associés :
Présentation du centre

vignette-teaser-cas

Lettre d'actualités
newsletters Pour vous abonner, entrez votre adresse de messagerie :

Actualités
27/03/2020 Le séminaire «Relations École-familles» IFÉ-Centre Alain Savary a organisé en décembre 2018 une session de travail entre enseignants, formateurs, chercheurs et coordonnateurs sur la question controversée de «faire entrer des parents dans la classe» en cycles 3 et 4. Retour sur les dispositifs présentés et la discussion à partir de ces présentations.
17/02/2020 Ce module a été conçu par une équipe pluri-catégorielle composée de conseillers pédagogiques des circonscriptions de Libourne 2, Langon et Pessac (académie de Bordeaux) et d'une maitre de conférence de l'université de Bordeaux. Il a été réalisé avec la participation et l'aide d'enseignants de ces circonscriptions ainsi que de la circonscription de la Réole. Il est destiné à des formateurs qui souhaiteraient engager une animation de 3 heures sur la dictée à l'adulte auprès d' enseignants de CP.
04/02/2020 La boite à outils "écriture" a été conçue par une équipe pluri-catégorielle. Différentes ressources sont proposées aux formateurs pour accompagner les enseignants dans l'enseignement de l'écriture.
23/01/2020 Le collège Gambetta en REP à Saint-Etienne dans l'académie de Lyon, accompagné par le centre Alain Savary, a mis en place un observatoire du dispositif Devoirs faits, à l'issue de la première année de mise en oeuvre. Cet observatoire a permis d'analyser le pilotage et l'organisation du dispositif. Cet article rend compte des discussions inter-métier sur les enjeux du travail personnel de l'élève. Il présente les outils utilisés pour observer différentes dimensions du dispositif
06/01/2020 Sylvie Guffond est CPD en Haute-Savoie, chargée de mission pour accompagner les formateurs RMC du plan Villani-Torossian, pour l'Académie de Grenoble, depuis la rentrée de septembre 2018. En mars 2019, à l'IFÉ, elle explique comment s'organise l'accompagnement des formateurs RMC, comment ces derniers accompagnent les enseignants et les équipes dans les écoles, et les collaborations en circonscription.
16/12/2019 La boite à outils "compréhension" a été conçue par une équipe pluri-catégorielle. Différentes ressources sont proposées aux formateurs pour accompagner les enseignants dans l'enseignement de la compréhension au cycle 2. " Le cadre théorique" a une finalité de clarification des notions abordées. Les autres ressources constituent des supports de la formation : scénario de formation, canevas d'enseignement, banque de textes, etc...
16/12/2019 La boite à outils "Etude de la langue" a été conçue par une équipe pluri-catégorielle issue du groupe "maitrise de la langue" de l'Essonne Différentes ressources sont proposées aux formateurs pour accompagner les enseignants dans la mise en place d’une démarche réflexive sur la langue soit en lien avec un travail de lecture et de compréhension, soit au sein d’une séance décrochée.
08/11/2019 Une synthèse des réflexions et des outils du centre Alain-Savary au service des formateurs. Quelle serait une formation continue véritablement efficiente, une « bonne » formation, aujourd’hui ? À partir de son expérience, le centre Alain-Savary a défini un certain nombre d’objectifs, de modalités et d'outils pour concevoir la formation continue des enseignants. Version 7 - octobre 2019, enrichie notamment d'un chapitre consacré à l'usage de l'audio et d'un guide d'entretien d'autoconfrontation.
05/11/2019 À partir de situations réelles dans et hors la classe, cette ressource vise à outiller les formateurs sur la question du travail personnel de l'élève.
11/09/2019 Mardi matin, mois de décembre 2017. Élisabeth conduit le rituel de l'appel : Compter les présents et les absents. Elle en fait une activité de mathématiques qui permet de réinvestir certaines connaissances étudiées à d'autres moments sur le nombre .
Contacts

Centre Alain-Savary

IFé - ENS de Lyon
15 parvis René Descartes
BP 7000
69342 Lyon Cedex 07

courriel : cas.ife[at]ens-lyon.fr