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Séance 1 : Agir ensemble dans un environnement complexe…

Par Stéphane Kus publié 28/02/2014 14:49, Dernière modification 14/04/2016 12:05

nuage-partenariatCette première séance a permis de poser le cadre du séminaire, de porter un regard historique sur l’enchevêtrement des dispositifs éducatifs, et d’échanger sur les freins et leviers du partenariat édu-catif sur les territoires prioritaires. On trouvera également dans ce chapitre la synthèse des réponses au questionnaire rempli par les participants avant le début du séminaire.

Introduction

Pour commencer le séminaire, son cadre général a été rappelé par Mme Anne-Marie Ben-hayoun du Centre Alain-Savary. Il s’agissait à l’origine  de travailler les questions partenariales sous forme d’analyse des pratiques autour des Programmes de Réussite Educative développées tant en interne qu’en externe à l’ Education Nationale dans le but de coproduire de nouvelles expertises ou de les faire se rencontrer. C’est la raison pour laquelle ce séminaire est préparé de manière partenariale par différentes institutions : Centre Alain-Savary (Institut Français de l’Education), Direction Départementale des Services de l’Education Nationale de l’Isère, Centre de Ressources pour le Développement Social Urbain Rhône-Alpes, Centres de Ressources En-fants Familles Ecoles Ain-Rhône et Isère, Collège Coopératif Rhône-Alpes, avec le soutien de la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports et de la Cohésion Sociale.

Stéphane Kus du Centre Alain-Savary a ensuite insisté sur l’enchevêtrement des dispositifs auxquels les acteurs de terrain sont souvent confrontés. De nombreux lieux existent pour déposer une parole dans différentes réunions sans que néanmoins les incompréhensions entre tous les acteurs concernés ne puissent être facilement levées. L’objectif du séminaire est de proposer un autre lieu dans un autre cadre pour réfléchir collectivement à partir d’un challenge, demander à des territoires de venir dans un doublon minimal représenté par une personne d’une collectivité et une personne de l’Education Nationale par territoire.

Le « millefeuille » des dispositifs éducatifs

Jean-Marc Berthet, sociologue, a ensuite fait un exposé introductif sur l’accumulation des dispositifs ces dernières années et leurs évolutions pour montrer l’actualité des projets éducatifs partagés aujourd’hui. Ces questions ne datent pas d’aujourd’hui mais s’inscrivent dans la suite de différentes expérimentions locales menées dès les années 1970 tant à Saint-Fons qu’à Hé-rouville-Saint-Clair, puis encore à Epinal dans les années 1980 ou ensuite par l’expérimentation de la semaine de 4 jours dans différentes communes, à Lyon par exemple à la fin des années 1980. Tout au long des années 80 et 90 se sont multipliés les dispositifs relatifs aux rythmes de vie de l’enfant (ARVEJ, Contrats bleus, CATE,…). C’est l’arrivée du Contrat Educatif Local en 1998 qui institutionnalise la notion de projet éducatif local et voit différentes collectivités s’engager dans des démarches de Projet Educatif Local. Cette démarche portée par 4 ministères (Ville, Education Nationale, Culture, Jeunesse et Sports) arrive quelques mois après le lance-ment par la CNAF d’un dispositif (le Contrat Temps Libre) qui visait le développement de nou-velles activités de loisirs en direction des enfants et des jeunes. L’arrivée de la réussite éducative en 2005 va sans doute amener temporairement une éclipse relative de la notion non pas de par-tenariat mais de projet éducatif global, d’autant plus qu’elle est suivie très vite par une transfor-mation de la manière dont l’Education Nationale va internaliser des accompagnements éducatifs qu’elle externalisait jusqu’à alors (Programme Personnalisé de Réussite Educative en 2006, Ac-compagnements éducatifs en 2008). La nouvelle actualité des partenariats éducatifs s’inscrit dans un triple mouvement : celui de l’Appel de Bobigny lancé en 2010 qui souhaite voir inscrit la notion de PEL dans la loi, le lobbying du réseau français des villes éducatrices qui souhaite, en lien avec l’Institut français d’Education, lancer un observatoire des PEL et enfin les discussions relatives à la refondation de l’école en amont d’une future loi.

Echanges : quels freins, quels leviers ?

Suite à ce premier cadrage, un premier échange a montré que certains participants avaient le sentiment que le partenariat reculait sur une période de quinze ans. « Le partenariat se crispe aujourd’hui. » D’une certaine façon, de nombreuses institutions se replieraient sur leur gestion stricte sans arriver à créer des espaces d’échanges sur les questions éducatives de façon inte-rinstitutionnelle. Inversement, certains estiment que justement, c’est au moment où les moyens manquent que le partenariat n’a sans doute jamais été autant nécessaire. Et pourtant, des inter-rogations demeurent. Certains territoires voient des partenaires (en particulier associatifs) dispa-raître car ils n’ont plus de moyens. La limite de l’exercice est alors trouvée : comment continuer à faire face à des besoins croissants lorsque les moyens baissent et que les collectivités sont de plus en plus sollicitées en dernier recours ? A contrario, certains participants ont fait remarquer que de nouveaux professionnels qui arrivaient sur les territoires en difficulté et classés comme tel par les différentes géographies prioritaires étaient bien heureux justement de trouver des parte-naires qu’ils ne trouvaient pas ailleurs… et que les relations avec d’autres partenaires permet-taient de sortir de face-à-face entre enfants et enseignants qui lorsqu’ils ne sont plus opérants peuvent se reconstruire différemment dans d’autres espaces éducatifs.

Du côté de l’Education Nationale et de l’évolution de ses dispositifs d’éducation prioritaire, force est de constater comme l’ont dit certains qu’elle s’est recentrée sur les apprentissages fon-damentaux plus que sur l’ouverture aux partenaires. Parallèlement, les collectivités investies dans les questions éducatives sont beaucoup plus demandeuses de comptes au regard des moyens qu’elles investissent. Pourtant, les questions de frontières d’intervention des différents éducateurs sur un territoire restent entières.

Sur un autre registre, il a été constaté qu’en définitive, après la réussite éducative, il n’y a pas eu d’autres dispositifs spécifiques sur les questions éducatives au regard d’une histoire chargée, et que c’était plutôt satisfaisant dans la mesure où cela a permis d’inscrire la réussite éducative dans la durée et donc de lui donner une plus grande légitimité et pérennité. Ainsi, pour sortir des imbrications de nombreux dispositifs sur un territoire (CLAS, REAP, PRE, etc,…), cer-taines collectivités ont mis en place un lieu unique pour coordonner l’ensemble des interventions même si des tensions existent encore entre les accompagnements internes et les accompagne-ments externes à l’Education Nationale. Pour d’autres, la question des accompagnements reste entière tant elle demande de travailler les complémentarités des différents intervenants sur un même territoire.

Mais c’est la notion même de territoire qui a été interrogée. Ainsi, un lycée professionnel a un territoire d’intervention très vaste, du coup de quel territoire parle-t-on ? Du territoire d’où les jeunes sont originaires ou du territoire sur lequel le lycée est basé ? Si c’est le territoire d’origine des élèves, que proposer aux élèves et comment l’afficher pour ceux qui ne pourraient en béné-ficier ?

Pour d’autres, c’est le partenariat même aujourd’hui qui est paradoxal. On peut constater des formes de repli gestionnaire et pourtant la réussite éducative a fortement fait bouger les lignes de ce partenariat en associant de nouveaux acteurs aux questions éducatives qui étaient peu présents dans les instances partenariales. L’une des difficultés justement serait la multiplica-tion de ces instances, des comités techniques ou des comités de pilotage où l’on retrouve sou-vent les mêmes acteurs sans que les mêmes contenus soient évoqués. D’autres encore ont évo-qué les problèmes institutionnels que posait le partenariat à ses différents niveaux (terrain ou hiérarchie ou niveau politique). Localement, pour avancer, certains mettent en place des coordi-nations d’acteurs clandestines de façon à ne pas froisser les susceptibilités institutionnelles…

Pour poursuivre les échanges, une réflexion collective sur les freins et leviers au partenariat a été faite. 

Sur la liste des freins, on relève :

Les incertitudes et le flou quant au contexte actuel : les différents partenaires attendent de voir quelles vont être les décisions, que ce soit sur la refondation de l’école, le devenir des géographies prioritaires (de la politique de la ville et de l’Education Nationale) ou encore du dispositif même de réussite éducative.

La variation même du terme de partenariat suivant les interlocuteurs et le sentiment chez certains d’être pris pour des prestataires de service de l’Education Nationale plus que comme des partenaires avec qui les projets seraient co-construits.

Le monde enseignant lui-même avec ses acteurs de terrain qui ne comprennent pas tou-jours la dimension partenariale potentielle de leur travail. Ainsi du terme de coéducation souvent évoqué dans les instances partenariales mais qui fait peu de sens pour les ensei-gnants de terrain, ce qui pose la capacité des hiérarchies enseignantes à faire bouger leurs pratiques.

Du côté des leviers, la réussite éducative a été évoquée comme levier tout comme les APS (assistant chargé de prévention et de sécurité) qui vont arriver dans les établissements scolaires ou encore l’accès à la culture et enfin la place des parents et leur reconnaissance comme ac-teurs éducatifs.

Eléments de synthèse du questionnaire envoyé aux participants 

Du partenariat ? Mais pour quoi ?

  • Croiser les regards pour mieux comprendre
  • Partager les connaissances et l’information
  • Mutualiser les moyens
  • Rendre visible ce qu’on fait
  • Créer de la continuité pour les enfants en difficulté
  • Penser aux différents temps de l’enfant
  • Travailler à la complémentarité des institutions
  • Parler d’une même voix
  • Rassurer les familles
  • Mieux comprendre les besoins, réfléchir collectivement aux objectifs

Les réussites du partenariat sur les territoires

Selon les coordonnateurs RRS/ECLAIR – CPE :

  • Temps fort littéraire et artistique avec la médiathèque
  • Plan de lutte contre les discriminations
  • Un travail sur le thème de l'estime de soi en lien avec les structures sociales et de quartier
  • Le PRE, le PEL

Selon les coordonnateurs PRE :

  • Les parcours individualisés du PRE
  • Le CEL
  • Action de prévention du décrochage
  • Partenariat avec le CMP

Selon les chefs d’établissements :

  • Sas décrochage
  • Action de prévention du décrochage
  • Le suivi des élèves avec le DRE

Selon les directeurs de service éducation :

  • Actions partenariales entre la médiathèque et des classes de collège
  • Pauses cafés-parents organisées par le centre social dans les écoles primaires
  • Prise en charge des enfants exclus temporairement du collège par le centre social
  • Le CEL, les activités périscolaires
  • Les coups de pouce CLE
  • Le PRE

Selon les responsables et agents des CUCS :

  • actions CUCS parentalité et petite enfance
  • Accompagnement culturel à la scolarité
  • PRE
  • CLAS

Des réussites… oui, mais…

  • Qu’est-ce qui est réussi ?
  • Pourquoi  est-ce réussi ?
  • Comment l’évaluer ?

Des freins… dans le travail

  • Le manque d’anticipation
  • Le « nez dans le guidon »
  • La difficulté à remettre en question ses pratiques professionnelles
  • La résistance au changement
  • Le partenariat nous fait sortir du cœur de notre métier

Des freins… dans le pilotage

  • Qui pilote le partenariat ?
  • Quel projet éducatif partagé ?
  • Les changements de personnes
  • Le nombre important de partenaires
  • Les conflits de valeurs
  • Ne pas comprendre/ne pas être en accord avec la logique de ses partenaires
  • La peur de perdre du pouvoir 

Des freins… dans les dispositifs

  • Incertitude financière à long terme
  • Les limites territoriales 
  • Les limites concernant l’âge
  • L’empilement des dispositifs
  • La logique de guichet
  • Le manque de lisibilité des actions
  • Le manque de coordination
  • Quelles passerelles vers le « droit commun » ?

Des besoins spécifiques ?

« Donner plus à ceux qui ont le moins. » Oui, mais… Moins de quoi ?

Du côté des parents : 

  • « redonner leur place aux parents dans l'éducation des enfants »
  • « désacraliser l'institution scolaire pour les parents »
  • « intégration par l’apprentissage du français »
  • « de la bienveillance plus que de l'injonction à faire »

Du côté des enfants : 

  • « prévenir l’échec scolaire »
  • « valoriser »
  • « des projets ambitieux »
  • « ouverture sur l’extérieur »
  • « aide aux devoirs »
  • « lutter contre le décrochage »
  • « accompagner l’orientation »
  • « Mettre ou remettre le bien-être de l'enfant au centre »
  • « favoriser l’accès aux soins »

Du côté des professionnels : 

  • « désacraliser les "quartiers" pour le corps éducatif. »
  • « une démarche de coéducation »
  • « connaissance des institutions »
  • « construire un projet commun »
  • « Des temps de concertation, de réflexion et de formation communs »
  • « une coordination unique et centralisée »
  • « former les enseignants à traiter la difficulté »
  • « identifier les "nœuds" non traités »
  • « décloisonner les actions, les services, les politiques »

… et du côté des pilotes ?

Présentation du centre

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courriel : cas.ife[at]ens-lyon.fr