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"Classes ouvertes"

Par Henrique Vilasboas publié 27/03/2019 15:45, Dernière modification 27/03/2020 16:11
Au collège Sonia Delaunay, une équipe d'enseignants, dans le cadre d'un Léa accompagné par deux chercheurs, ont décidé d'ouvrir des cours à des parents volontaires afin de leur permettre de mieux comprendre la notion d'autonomie attendue à l'école. Ils présentent ici le dispositif.

"Classes ouvertes" LEA Collège REP+ Sonia Delaunay Grigny (91)

La présentation ci-dessous est rédigée à partir du témoignage de Thomas Roger, enseignant et correspondant du Lieu d’éducation associé  (LÉA )  « Grigny École Famille et Autonomie ».

Contexte du dispositif

Le collège REP+ Sonia Delaunay à Grigny (91) met en place différentes actions d’amélioration des relations entre parents et personnels, après avoir constaté que les parents d’élèves avaient une représentation «sanctuarisée» du collège et n’osaient pas y venir. Un collectif composé d’enseignants et de chercheur.e.s. s’est intéressé aux manières de communiquer avec les parents. Il s’agit d’une «Recherche-intervention»: une équipe d’enseignants volontaires et de chercheurs travaillent avec les outils de la recherche, pour avancer dans la pratique et produire en même temps des résultats de recherche.

Cette volonté d'associer les parents a été croisée avec un discours récurrent de l’institution et des enseignants sur le manque d’autonomie des élèves. Cela a permis à l’équipe de formuler la question suivante : «Peut-on avoir recours à la parole des parents pour comprendre les mécanismes de manque d’autonomie scolaire ?». Pour tenter de répondre, l’équipe a conçu, entre autres, le dispositif «Classes ouvertes».

Constats autour de la notion d’autonomie

Les élèves sont considérés comme peu autonomes au collège, avec l’idée sous-jacente d’un manquement éducatif parental et donc une forte sollicitation du côté de la famille pour y pallier. Pourtant, lors d’échanges avec leurs parents, force est de constater que, paradoxalement, les jeunes assument des responsabilités au quotidien dans la famille et dans le quartier qui démontrent qu’ils sont «autonomes». Quelle est la nature de cette tension entre un jeune autonome dans la vie quotidienne et un élève en déficit d’autonomie scolaire ? Les enseignants se sont demandé comment faire un lien entre les compétences développées à la maison et celles demandées au collège. L’idée est venue d’ouvrir les portes de la classe aux parents, avec comme objet d’observation l’acquisition de l’autonomie.

Enjeux

  • Sociaux : réduire les inégalités scolaires ; faire entrer les parents au collège en proposant une nouvelle modalité de participation ; partager ses pratiques professionnelles avec les parents ; rompre avec le huis-clos de la classe et l’image du collège « sanctuaire ».
  • Éducatifs : nourrir la coéducation parents-enseignants à partir de situations réelles de classe ; pour les jeunes, voir des adultes, qui collaborent dans leur intérêt.
  • Scolaires : lever les malentendus, expliciter les attendus; donner à voir des manières de travailler; échanger sur des leviers et des freins à l’autonomie scolaire des élèves.
  • Professionnels : engager un travail d’équipe autour de la coéducation; expliciter ses pratiques de classe en vue de les partager; les analyser en interaction avec des regards de parents d’élèves.
  • Formation professionnelle : s’acculturer aux connaissances scientifiques dans le but de comprendre les malentendus récurrents entre parents et enseignants ; expérimenter et évaluer des actions innovantes.

Objectifs

Dans l’immédiat

  • Ouvrir le collège et les classes aux parents : Comment fonctionne la classe d’aujourd’hui ? (utilisation du TNI, différenciation, travail personnel, etc.) 
  • Mieux connaitre les cultures et les fonctionnements familiaux.
  • Grâce à cette inter-connaissance, lever des malentendus pour mieux se comprendre.

À terme

  • Définir le concept d’autonomie selon le contexte (familial et scolaire), identifier les points de convergence et de tension.
  • Chercher les leviers pour améliorer l’autonomie scolaire des élèves.
  • Déterminer des étayages que les parents peuvent mettre en place -ou pas- à la maison.

Mise en œuvre 

Première étape 

Entretiens et questionnaires avec des parents et des élèves volontaires pour réfléchir autour de la notion d’autonomie.

Deuxième étape

Séances de classe ouvertes aux parents, précédées et suivies d’un entretien relatif à la notion d’autonomie. L’entretien préalable est consacré à l’accueil du parent, à des explications pour mieux comprendre la classe, à déterminer des pistes d’observation. L’entretien qui suit l’observation recueille les remarques des parents : ce qui les a étonnés, ce qu’ils ont vu de l’autonomie des jeunes en classe, les liens – ou pas – qu’ils font avec l'autonomie développée dans le cadre familial.

Les premiers entretiens ont été menés par les chercheurs, puis petit à petit par les enseignants impliqués dans la recherche-intervention. Pour la pérennisation de la recherche, la rédaction d’un vade-mecum sur «l’accueil du parent dans la classe» est envisagée.

Premières découvertes et premiers résultats

Les enseignants ont pu éprouver la notion de "malentendus" avec des parents. Cette parole d’un enseignant d’EPS en est une illustration: «Au début c’était compliqué, il a fallu dépasser des obstacles : accepter le regard de l’autre, décider ce qu’on va expliciter. Par exemple, il y a eu un désaccord suite à une observation en classe. Un père pense que si un élève n’a pas sa tenue d’EPS, il ne doit pas participer à la séance, alors que pour moi la priorité va à l’activité EPS.» Pour l’enseignant, l’objectif est la préparation du marathon alors que pour le père, l’objectif éducatif n’est pas tenu. Finalement l’enseignant a conclu qu’il n’a pas à justifier ses choix vis-à-vis du parent. Mais une question subsiste: peut-on dans ce cas demander à un  parent d’observer l’autonomie et faire l’économie des différences de priorités ou de conceptions éducatives ?

La recherche-intervention a démontré que les professionnels, les parents et les élèves emploient le mot «autonomie» avec des sens différents :

  • Les enseignants attendent une autonomie cognitive, méthodologique, où l’élève prend des initiatives.
  • Les élèves ont une vision conformiste de l'autonomie scolaire, peu évolutive de la 6ème à la 3ème : avoir ses affaires, écouter, ne pas poser de questions.
  • Les parents ont peu de représentation de l'autonomie scolaire, mais ils attendent voire exigent de leur jeune dans le cadre de l’école l’obéissance et le respect des adultes.

Ce que tente de comprendre l’équipe de chercheurs et d’enseignants, c’est la raison pour laquelle les élèves ne se saisissent pas des outils proposés, comme le dictionnaire ou le manuel -y compris avec un téléphone connecté. Il s’agit donc d’envisager comment les parents, en ayant mieux compris la démarche scolaire, pourraient aider leurs jeunes. Il ne s'agit pas pour eux de faire avec eux, mais peut-être de leur suggérer d’utiliser les outils, de les  questionner sur ce qu’ils ont fait et compris en cours, etc.

 

 

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