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M+ : paroles d'Auvergnats

Par Patrick Picard publié 25/07/2017 14:55, Dernière modification 22/09/2017 09:30
Cet écrit est un texte collectif né du bilan de la formation des enseignants surnuméraires (M+) sur le département du Puy-de-Dôme (63), communiqué par Marc Daguzon, enseignant-chercheur à l'ESPE de Clermont-Auvergne. Pour ces enseignants, le point fort du dispositif est dans l'espace ouvert pour questionner chacun de ceux qui y participent (maîtres titulaires, M+ et accompagnateurs du dispositif) sur ses pratiques au jour le jour et de les mettre en question. Et ils en parlent bien...

Introduction

Cette formation a eu lieu sur trois années en 2014-2015, en 2015-2016 et en 2016-2017. Elle regroupait l’ensemble des M + du département durant quatre journées de formation réparties tout au long de l’année. Les enseignants titulaires qui partageaient leur classe avec les M + y étaient invités en fonction des thématiques. Certaines journées se sont déroulées dans des écoles : l’équipe des maîtres accueillait alors les participants à la formation pour présenter puis discuter la manière dont elle avait réfléchi et mis en œuvre le dispositif en tenant compte des spécificités de l'école.

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Cette année, lors du bilan de cette formation, dernière rencontre de ce groupe tel qu’il s’était constitué depuis trois ans, a été abordée  la question des effets produits par le dispositif. La collecte des bilans individuels des M+,  mais aussi des collègues des écoles concernées ainsi que des maîtres E et des conseillers pédagogiques, a conduit à l’élaboration de cette présentation qui tente d’identifier ce qu’est, qu’était, sera un enseignant surnuméraire au service d’un meilleur traitement de la difficulté scolaire…

Maître hors de la classe

Un enseignant qui permet aux élèves et au maître de la classe de s’y prendre autrement

Être dans une classe en tant qu’enseignant sans avoir le souci de « SA classe » peut modifier à la fois la manière dont les élèves pensent qu’il faut investir l’activité scolaire et la manière dont l’enseignant de la classe pense qu’il est contraint de faire classe. En effet, être "hors de la classe" c’est en particulier être hors des durées à prendre en compte pour tenir le programme de la journée, de la période, de l'année scolaire… ce qui favorise chez le M+ une réflexion moins centrée sur un  "comment" pour l’ajuster sur  le "pourquoi". Il peut davantage se questionner et faire se questionner les élèves et l’enseignant titulaire sur les finalités des enseignements.

À Aigueperse, en situation de co-intervention, des élèves petits parleurs de GS prennent davantage la parole et consolident leurs compétences langagières.

Le M+ peut développer un regard sur l'activité des élèves, il peut intervenir sur les manières d'entrer dans la tâche.

À Ambert, en situation de co-intervention, les élèves de CP et de CE1 adonnés à un travail en petits groupes ont appris ce que voulait dire "se mettre d'accord" grâce à l'étayage rapproché qu'a pu apporter le M+.

Le M+ occupe une place privilégiée pour observer les élèves et assurer la continuité des apprentissages. L’aide qu’il peut apporter est parfois immédiate et tient compte du rythme des activités de la classe. Les aides apportées par le titulaire de la classe, le M+ et les membres du R.A.S.E.D. sont complémentaires.

Partout, le M+, qui a déjà travaillé avec les élèves à un autre niveau d'enseignement, peut témoigner de ce que tel ou tel élève savait faire et de ce qui lui posait problème.

Le M+, par sa position d’observateur, gagne en expertise par rapport aux élèves mis en difficulté et peut aider à l'élaboration et à la mise en place d’une différenciation des apprentissages au sein d’une classe.

Les maîtres titulaires témoignent que ce regard leur est précieux pour dépasser une focalisation sur telle ou telle difficulté et pour envisager des perspectives plus larges.

Un enseignant bien accueilli

La posture du M+ permet d’envisager une toute autre relation avec les élèves.

La présence du M+ est associée à des apprentissages spécifiques, que les élèves perçoivent à travers les tâches proposées. Il y a une sorte de « contrat » implicite (parfois explicité) entre le M+ et les élèves. Les attentes sont connues de part et d'autre.

À Maringues, en co-intervention, le M+ et le maître titulaire travaillent à partir de Lectorino-Lectorinette : les élèves savent que l’on va les interroger sur les pensées des personnages, cela facilite la concentration, la motivation par le repérage des progrès.

Le M+ aborde d’une manière un peu différente les élèves ayant des problèmes de comportement. Le M+ peut soulager le maître de la classe en prenant dans son groupe l’élève agité.

Il arrive avec davantage de patience, un nouveau regard, il offre une alternative, plus de recul, car il n’a pas à gérer ces élèves difficiles toute la journée. Il bénéficie aussi de l'effet "diversion" dont profitent habituellement les intervenants autres que le maître titulaire.

Le M+ est dégagé de certaines contraintes liées à la classe, ce qui lui permet de se centrer sur les apprentissages des élèves : ceux-ci savent qu'ils vont bénéficier de davantage d'attention. Du fait qu'il a une plus grande connaissance des élèves qu'il accompagne sur plusieurs années, du fait qu'il n'est pas l'ultime garant de la bonne marche de la classe, il peut constituer une référence psycho-affective importante, alternative du maître titulaire.

Partout, les M+ témoignent qu'ils sont accueillis dans les classes avec chaleur.

Le M+ partage les préoccupations et les perspectives du maître titulaire sur les enfants en difficulté scolaire. Ce dernier ne se retrouve donc pas seul dans un face à face avec la difficulté, face à face qui peut parfois être angoissant ou stérile.

Les maîtres titulaires témoignent que c'est un des aspects qui les inquiètent le plus dans la disparition du dispositif PDMQDC

Un enseignant témoin du long terme

Le M+ assure un suivi de l’élève sur un temps plus long de la scolarité en ce qui concerne les apprentissages fondamentaux. La relation devient durable, parfois de la grande section au CE2. Le M+ accompagne l’élève dans son parcours scolaire. Le M+ devient un référent autant pour l'enseignant titulaire que pour l'élève. Il fait le lien avec l’enseignant qui en début d’année accueille de « nouveaux » élèves. 

Un enseignant qui rend possible…

Des organisations différentes

Le M+ intervient de manière différente en fonction des choix : co-intervention, co-enseignement, groupes de besoin, groupes de besoin avec classes "en barrettes", travail en ateliers, dispositif particulier pour un niveau de classe (MACLE…). Ces différentes modalités sont alors interrogées, choisies sur des critères didactiques ou pédagogiques et non pas de simple faisabilité.

Des prises de risque

Le M+ est là lors de l’élaboration d’un projet innovant, du lancement d’une activité nouvelle. Il facilite l'audace ou l'ambition, didactique ou pédagogique : le partage de la  responsabilité est rassurant. La possibilité d’être deux dans la classe réduit la prise de risque dans la mise en œuvre de certaines activités (travail de groupe, activité de manipulation…)

Dans plusieurs écoles, les maîtres ont proposé des activités de résolution de problèmes mathématiques ou de production d'écrits plus nombreuses et plus complexes que ce qu'ils faisaient sans le dispositif PDMQDC.

Un allègement dans la préparation matérielle des séances

Le M+ et le maître de la classe partagent la préparation et la mise en œuvre des activités. Cela peut inciter l’enseignant à mettre en place des activités lourdes dans lesquelles il ne se lancerait pas seul.

Lors d’une production d’écrit, le M+ peut corriger et/ou taper sur traitement de texte les productions des élèves. Il peut aussi prendre en charge d'humbles aspects matériels, comme l'installation d'un vidéoprojecteur, la conception, la fabrication et la distribution d'un matériel pour une manipulation…

Une meilleure communication entre les différents niveaux d’enseignement au sein de l’école

Comme le M+ intervient de classe en classe, il permet l’harmonisation des outils, des pratiques, l’échange autour d’un lexique commun et des supports utilisés. Témoin des pratiques des collègues, il permet d’engager une réflexion, afin de mettre en place une progression plus fine sur tout le cycle.

À Thiers, un M+ s'est rendu compte que, dans une tâche d'écriture d'un mot à partir d'une image, le maître titulaire de CP ne donnait aucune aide, tandis que le maître titulaire du CE1 matérialisait les syllabes du mot à écrire. À la suite de cette observation, il a proposé une réflexion commune sur la progression souhaitable.

Le M+ a aussi un regard transversal sur les différentes classes d’un même niveau : observation de différentes manières de faire, des différents outils, de différents aménagements de l’espace. Il est en situation de transmettre ces observations à l'ensemble de l'équipe et de fonder ainsi un travail d'équipe. Cependant, identifier ces écarts, les rendre publics est une tâche difficile qui doit être respectueuse des personnes. Créer des controverses sur des objets « professionnels », s'abstenir de toute remise en cause des personnes demande de la diplomatie et… du temps, pour débattre, écouter les arguments, construire les éléments en jeu.

Dans plusieurs écoles, les M+ témoignent de réflexion collective sur des questions du genre : "comment ne pas engendrer de la difficulté" ou "comment différencier sans discriminer"

Le M+ peut aussi faciliter la mutualisation d'outils pédagogiques et de pratiques entre les classes voire entre les écoles.

À Maringues, le M+ a pu faire connaitre et faire circuler différents livres. Dans une école de REP + de Clermont, le M+ a proposé un "cahier de mots" (pour aider à fixer le vocabulaire) en GS, qui sera poursuivi en CP et en CE1. Dans d'autres écoles se sont répandus des outils sur la fluence, le programme PARLER… 

un Maître force de proposition 

Un maître expert

Le M+ construit peu à peu une expertise. Celle-ci provient des caractéristiques de sa pratique :

  • focalisation sur les enseignements cruciaux en mathématiques et en français ;
  • observation d'une pluralité de manières de faire, dans les classes et les écoles avec lesquelles il travaille ;
  • démultiplication des situations d'enseignement où il est plus facile de prendre des risques parce que la responsabilité est partagée ;
  • la répétition de séquences semblables dans des classes différentes permet d'affiner et d'ajuster précisément l'estimation des obstacles et l'anticipation des conduites à adopter.

Par exemple, les séances de retour sur les textes produits par les élèves se sont peu à peu organisées autour de principes de mieux en mieux partagés et de plus en plus explicites.

Son expertise provient aussi de l'accompagnement qu'a rendu possible le dispositif :

  • les échanges et partages de préoccupation avec les équipes de circonscription ;
  • les échanges et partages de préoccupation avec les autres M+ ;
  • les journées de formation.

Dans le Puy-de-Dôme, en 2015-2016, les M+ ont bénéficié des apports d'Olivier Rivière et Anne-Cécile Mathé, formateurs à l’ESPE de Clermont-Auvergne en mathématiques, sur l'enseignement de la numération. Cet enseignement fondé sur l’observation, la manipulation et la construction d’un langage spécifique a donné lieu à un enseignement en groupes hétérogènes où les TICE avaient toute leur place (photographie, vidéo, vidéo projection).

En 2016-2017, ils ont bénéficié des apports de Pierre Sève, formateur à l'ESPE de Clermont-Auvergne en français, sur l'enseignement de la production écrite.

En particulier, les M+ -avec l'aide de l'ensemble des collègues- se sont attachés à mutualiser, à mettre en mots et à rendre transmissibles les gestes professionnels propres aux situations de co-intervention et à certaines situations didactiquement construites.

Dans les années précédentes, une intense réflexion pédagogique s'était développée à partir de situations de classe concrètes, filmées et analysées en commun. Elle avait porté sur les différentes situations d'enseignement et a été nourrie de confrontations croisées tout au long des années qu'a duré le dispositif. Ces auto-confrontations ont eu lieu aussi bien dans les dyades (M+ et maitre titulaire) que dans le collectif des M+. Ont été mobilisés entre autres les outils d'analyse de D. Bucheton et d'autres outils issus de la didactique professionnelle et de la didactique comparée  pour mettre en évidence ces gestes professionnels.

Un maître médiateur

Le M+ initie des pratiques de co-intervention avec le maître titulaire. Cette pratique peut ensuite être partagée avec le maître E ou d'autres intervenants.

Beaucoup des M+ témoignent d'une plus grande fluidité dans les relations entre les maîtres titulaires et les partenaires de l'école : intervenants divers, mais aussi parfois les parents d'élèves.

Le M+ est en situation de diffuser les apports issus de ces moments de formation. De par son expertise, il dispose d'une meilleure visibilité de la progression sur le cycle, approfondissement des enjeux didactiques et des notions, des outils possibles. Il peut aussi témoigner et transmettre des manières de faire explorées par des collègues et analysées avec eux. Le M+ est ainsi en situation d'impulser et de coopérer à un enseignement plus explicite, tant du point de vue didactique que pédagogique.

Par exemple, l'utilisation du vidéoprojecteur ou de la photographie a été conçue à bien meilleur escient.

Le M+ est dans une plus grande proximité à l'ESPE et aux équipes de circonscription et il a une plus grande disponibilité. De ce fait, il peut accueillir des éléments de la recherche actuelle.

À Clermont, dans plusieurs écoles maternelles, le travail de Sylvie Cèbe (maitre de conférences en sciences de l'Éducation à l'ESPE de Clermont-Auvergne) sur la compréhension et l'apprentissage de la narration d'albums a pu être diffusé. Il a généré de nouveaux outils numériques et a modifié les pratiques dans le quotidien des classes.

Conclusion

Le point fort du dispositif est dans l'espace ouvert pour questionner chacun de ceux qui y participent (maîtres titulaires, M+ et accompagnateurs du dispositif) sur ses pratiques au jour le jour et de les mettre en question sans prétendre les transformer brutalement. Ce dispositif permet des évolutions étayées, calculées et solidement appropriées.

Bénedicte Picque, Patricia Dalle, Hélène Vandenbroucke, Nicolas Arnaud, Cathy Aragnou, Carole Bernard, Isablle Abeil, Caroline Boussugue, Mayline Baraton, Eulalie Berger, Anne Alaoui, Elisabeth Martin, Audrey Uberti-Allègre, Nelly Gruet.

 

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