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«  Le dernier mot laissé aux parents », orientation fin de 3e

Par Marie-Odile Maire Sandoz publié 21/03/2016 17:35, Dernière modification 14/04/2016 12:05
Inscrit dans la loi de refondation de l’école du 8 juillet 2013 à titre expérimental pour 117 collèges, « le dernier mot laissé aux parents » concerne l’orientation en fin de 3e. Cette expérimentation a fait l’objet d’un rapport de l’inspection générale. Avant sa publication nous avions mené un entretien avec Jonathan Galou, professeur principal de 3e et coordonnateur de REP, à propos de son expérience de ce dispositif. Entre bilan global et bilan singulier, que nous apprennent les analyses d’inspecteurs généraux et celles d’un collègue de terrain ?

Ce dispositif expérimental donne à penser qu’un rôle majeur est offert aux parents d’élève dans l’institution. Mais, le rapport fait le constat que les professionnels semblent rencontrer des difficultés à faire une place aux parents d’élèves. Quant à ces derniers, ils  ne sont pas tous ravis de devoir endosser une responsabilité sur l’avenir de leur jeune alors qu’ils ne se sentent pas compétents. 

« Le dernier mot aux parents » nous a obligés à repenser la relation aux parents bien en amont du dispositif », nous dit Jonathan Galou. Il apparait donc dérisoire de croire que c’est à partir de la 3e de collège qu’un véritable dialogue de confiance, convoquant la notion de co-éducation, puisse s’instaurer entre les professionnels de l’École et les parents d’élèves dans le but de prendre une décision majeure sur l’avenir des jeunes.

Ceci étant posé, le rapport comme les propos de l’enseignant interviewé sont riches pour penser l’orientation en fin de 3e et la relation École-Famille. Le texte qui suit  complété par des extraits de l’entretien avec l’enseignant a pour finalité d’ouvrir des pistes de réflexions et de donner à voir des propositions de mises en œuvre que chaque équipe peut potentiellement adapter à son contexte. 

L’orientation choisie

rapport orientation Laisser aux parents la décision finale de l'orientation a révélé à l’institution et aux professionnels que leurs évidences partagées étaient de l’ordre d’implicites, non décodés par certains parents. La levée du premier malentendu, acter une orientation ne signifie pas avoir une place de facto dans la filière choisie,  impose l’explicitation des procédures successives comme autant de points indispensables à maitriser :

  • L’orientation et l’affectation ne se confondent pas. Ce sont deux étapes successives d’un parcours qui aboutit à l’inscription dans un établissement.
  • Comprendre les taux de pression, c’est-à-dire les écarts entre le nombre important de demandes pour certaines filières et le nombre réduit de places disponibles, amène à concevoir des stratégies d’orientation.
  • La connaissance des taux de pression pour certaines filières professionnelles permet de relativiser le prestige de l’accès à la seconde générale et technologique.
  • La perception que le palier d’orientation situé en fin de 3e peut se déplacer à la fin de la seconde offre un temps de réflexion supplémentaire avec un effet de soulagement pour les parents dont le jeune n’est pas encore déterminé sur ses choix.
  • L’expérimentation démontre qu’un parcours d’orientation envisagé dans une perspective de véritable collaboration, entre enseignants-parents-élèves, nécessite de se construire sur un temps long, avec une progressivité dans les objectifs de collaboration avec les parents.
  • L’expérimentation réactualise les résultats de recherches concernant l’impact des origines sociales sur les inégalités de réussite de parcours scolaires dont le processus d’orientation est un vecteur puissant : des élèves et leurs parents formulent des vœux en deçà du potentiel scolaire évalué ; les choix se portent sur les filières des établissements proches du domicile sans tenir compte des aptitudes et des aspirations réelles de l’élève ; le passage (en force) vers une seconde générale pour un élève moyen voire en difficulté est l’affaire de parents de classes moyennes et favorisées ; les stages en entreprise se réalisent selon les réseaux professionnels des parents (de la boulangerie de quartier pour l’enfant de chômeur à la salle de rédaction d’un journal pour l’enfant de cadre). 
« Le dernier mot laissé aux parents ».
L’expérience d'un enseignant-coordonnateur REP (5 mn 50)
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Accueil de l’expérimentation dans l’établissement  00:00
Un parcours à trois  00:53
« Parcours d’avenir »  01:27
Un parcours qui débute dès le mois d’octobre de l’année de 3e  01:50
C’est le jeune qui va choisir à la fin ?  04:43
Monsieur, comment j’fais ?  05:08
L’évaluation : renversement de perspective  05:42
Et la suite ?  07:51

L’expérimentation avait pour effets attendus (pages1-2), entre autres, « une meilleure reconnaissance de la place des parents et du principe d’une co-éducation dans le domaine de l’orientation, et, une meilleure implication des parents dans l’appropriation du parcours scolaire de leur enfant », il s’avère que le report de la responsabilité de la décision d’orientation n’a pas été si bien accueilli par certains parents et certains élèves, surtout ceux que l’on dit les plus éloignés de la culture scolaire. Serait-ce un élément de plus qui favoriserait les familles les plus à l’aise avec l’école ? Finalement, à quelles conditions « le dernier mot laissé aux parents » répond à un principe équitable et acceptable par l’institution scolaire et les usagers de l’école ? 

Quelles évaluations pour quels usages ?

Reconsidérer les savoirs et les compétences, non pas sur la base de notes avec une analyse par défaut du travail de l’élève, mais comme un appui sur ce qu’il sait et réussit et ce  explicitée aux parents à partir du socle commun, permet d’envisager positivement l’orientation dans un espace de collaboration enseignant-parent(s)-élève nous dit Jonathan Galou. 

Dans certaines académies comme celle de Strasbourg d’autres compétences que les acquis scolaires ont été prises en compte : « Pour tous les élèves de 3e, dès lors que la demande d’affectation en établissement public concerne la voie professionnelle (1ère année de CAP et 2nde pro), cinq dimensions d’acquis personnels ont été prises en compte : rigueur, curiosité, habileté manuelle, communication, sociabilité. Ces dimensions sont évaluées par les équipes pédagogiques des collèges sans référence aux types de formations sollicitées, et en amont, par les élèves eux-mêmes dans le cadre d’une auto-évaluation. Ces repères interviennent à part égale dans les critères de classement des dossiers ». (page 21)

De manière générale l’évolution des pratiques d’évaluation qui consisterait à prendre en compte des compétences personnelles hors la norme strictement scolaire, des compétences repérées à l’occasion du stage d’immersion en milieu professionnel seraient davantage en prise sur les aptitudes des élèves à la faveur d’un accompagnement d’orientation plus personnalisé et plus affiné. Le rapport nous indique que ce type de pratiques reste tout à fait à la marge et que le chantier est en devenir dans la grande majorité des établissements. Il suggère l’urgence de décentraliser la place occupée par les notes et la moyenne, dont le caractère aléatoire et variable n’est plus à démontrer, et « d’amener les équipes éducatives à élargir les critères intervenant dans l’aide à l’orientation [afin] de repenser la relation entre parcours scolaire et les projets d’avenir ».

Le conseil de classe

 DEPP orientationDans cette même veine, le conseil de classe n’a pas été bousculé par l’expérimentation. « Le conseil de classe reste le grand impensé de cette expérimentation » souligne l’un des protagonistes  de l’expérimentation. Et pourtant, cette instance réunit chef d’établissement, enseignants, CPE et COPsy, représentants de parents et élèves délégués ; elle « examine le déroulement de la scolarité de chaque élève, dresse un bilan de son activité et lui prodigue des conseils pour l'aider dans son travail et ses choix d'études. Le conseil de classe fait des propositions d'orientation ou de redoublement, en particulier en fin d'année scolaire ». Dans la réalité statistique d’une étude menée par la DEPP et publiée en 2013,  il apparait que le conseil de classe entérine une forme d’auto-sélection lorsque des parents de milieux populaires choisissent avec leur jeune une orientation peu ambitieuse au regard des résultats scolaires et du potentiel de réussite patent. 

Dans ce type de cas, en conseil de classe, travailler l’orientation en lien avec les résultats scolaires serait un déplacement opérant dans la réduction des inégalités de réussite de parcours scolaire. 

De manière plus générale le rapport préconise de « repenser le fonctionnement du conseil de classe en lui restituant un statut de véritable instance de concertation et d’aide aux élèves et aux parents » (p. 54). 

Formation des professionnels : le professeur principal

Si le professeur principal depuis la circulaire 93-087 du 21 janvier 1993 a entériné que son métier d’enseignant était plus qu’un métier d’enseignement, il n’en reste pas moins que l’expérimentation a fait émerger des besoins d’information et de formation :

  • informations dans le but de connaître les voies d’orientation afin d’élargir et de diversifier les choix d’orientation des élèves avec leurs parents, de connaitre la variété des établissements et leurs offres précises ;
  • formation aux gestes professionnels de conseil dans les parcours d’orientation qu’il doit dorénavant accompagner, acquérir la capacité d’éliciter le champ des possibles dans un calendrier contraint.

Pour le professeur principal, c’est un déplacement de responsabilité : d’une décision prononcée par un collectif d’enseignants au cours du conseil de classe et entérinée par le chef d’établissement, à un choix avisé des parents de chaque jeune, dont il a la responsabilité. Cette évolution d’une modalité d’intervention justifie des temps de réflexion, de formation puisqu’il s’agit d’amener l’élève et ses parents à devenir acteurs de l’orientation pour acquérir la capacité à s’orienter (et ce, tout au long de la vie).

La liaison collège-lycée 

La liaison collège-lycée semble ne pas avoir encore rejoint la cohorte des priorités même lorsqu’une expérimentation cible l’orientation des collégiens en fin de 3e. Une académie cependant a mis en place un dispositif personnalisé de réussite éducative (DPRE) en vue de favoriser la liaison collège-lycée. 

Ce dispositif vise un public identifié au collège qui bénéficiera d’un accompagnement personnalisé tout au long de sa seconde tant sur le plan disciplinaire que sur son acculturation au lycée. Pour ce faire les enseignants de 3e de collège et ceux de 2nde de lycée travaillent ensemble et se dotent d’outils communs : 

  • corrélation et reconsidération des pratiques d’évaluation
  • mise en place d’un portfolio accompagnant les élèves du collège au lycée 
  • construction d’un accompagnement personnalisé adapté. 

Les pilotes, IPR et chefs d’établissements, sont partie prenante de ce dispositif afin de favoriser son efficience. Les CPE des collèges et lycées ainsi que les COPsy se mobilisent afin de favoriser la qualité de l’orientation et l’adaptation des élèves. 

Un travail commun entre les enseignants de collège et de lycée reste à envisager dans le but d’identifier les changements dans la progression des apprentissages et les exigences scolaires lors du passage, et ainsi, pouvoir expliciter et accompagner les élèves en prenant appui sur des leviers tangibles. 

Dans le rapport émerge des propositions qui s’avèrent être du même ordre que les stratégies mobilisées lors de la liaison école-collège :

  • nouer des liens entre tous les professionnels des deux entités : chefs d’établissement, enseignants, CPE,
  • changer les représentations des uns sur les autres, sur l’une et l’autre entité grâce à des espaces communs de travail,
  • construire des outils pour accompagner les jeunes, surtout ceux en situation de fragilité avec l’enjeu de ne pas les stigmatiser, dans leur passage du collège au lycée surtout lorsqu’il s’agit d’un passage contre l’avis du conseil de classe.

La place des parents dans l’établissement. 

« Les relations École-Famille » est une question vive de l’actualité institutionnelle. La loi de refondation de l’École du 8 juillet 2013 en a fait une question professionnelle qui exige donc de tous les enseignants et cadres de l’éducation de s’en emparer dans l’espace d’un principe encore peu élaboré : « la co-éducation ». Comme nous l’avons déjà mentionné cette notion floue est convoquée dans les attendus de l’expérimentation du « choix donné à la famille dans la décision d’orientation au collège ». Or, Jonathan Galou indique que l'expérimentation a obligé l'équipe du collège à repenser la relation aux parents bien en amont du dispositif et d’en faire un objet de travail pour l’ensemble de l’établissement : à chaque dispositif et dans chaque instance il s’agit de se demander quelle place est/sera accordée aux parents.

Dans chaque dispositif, une place pour les parents
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Du constat à la constitution d’un capital confiance  00:00
La réunion de début d’année  01:42
« L’école ouverte »  02:10
« Ouvrir l’école aux parents »  03:04
Des professionnels qui apprennent à "déjargonner"  03:35
Les instances et la place des parents  03:58
Des parents éloignés de l’école ?  04:42
« Le décrochage scolaire parental »  05:55

Pour aller plus loin sur les relations École-Famille 

Présentation du centre

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