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"Voix et regards des parents sur l'éducation"

Par Marie-Odile Maire Sandoz publié 25/04/2018 12:10, Dernière modification 25/04/2018 15:15
Le Centre Alain Savary produit des ressources, organise des séminaires et des formations sur la thématique des relations École-Familles. Lors de ces travaux nous avons eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises avec l'Association des collectifs enfants parents professionnels (ACEPP). L'ouvrage ci-dessous donne un nouvel écho d'une démarche que conduit cette association : les Universités populaires de parents (UPP).

Les Universités populaires de parents (UPP) mettent en situation, parents, professionnels et universitaires, d'élaborer ensemble une démarche de recherche sur une question partagée concernant la parentalité. Cette démarche s'inscrit dans la durée, 3 ans, c'est un élément fondamental de notre point de vue pour que ce processus formateur puisse avoir des effets non seulement sur les personnes tout autant que sur leurs relations avec les institutions. Plus en détails, qu'est-ce que les UPP et quelles sont les différentes étapes de la démarche ?

"Faire bouger les lignes entre les experts et les citoyens, les institutions et les parents, rapprocher les points de vue, changer les regards des uns et des autres... cheminer vers la coéducation... la compréhension, la coopération." c'est ainsi qu'Emmanuelle Murcier définit les objectifs des universités populaires de parents (UPP). 

UPP-3Qu'est-ce que les UPP ?

Ce sont des groupes de parents qui, accompagnés par un.e  animateur/trice avec le soutien méthodologique d'un.e universitaire, mènent une recherche sur un thème qu'ils choisissent en lien avec la parentalité.

Parallèlement à la recherche les parents agissent avec les acteurs locaux pour une meilleure compréhension réciproque et dans une perspective de coopération autour de projets locaux : ce sont des actions citoyennes

Quelle est La démarche des UPP ? 

1- La Constitution du groupe de parents

Dans un premier temps les parents s'approprient la démarche UPP. Ce temps de travail doit permettre à chacun de se constituer un capital confiance partagé pour permettre une prise de parole libre et sans jugement. Chacun trouve sa place et devient acteur du projet qui s'élabore collectivement. 

2- Une phase exploratoire. 

Les parents échangent sur leurs questionnements et centre d'intérêts dans le but de dégager des thèmes communs. Ils passent ainsi de préoccupations individuelles à une dimension collective. 

3- L'élaboration d'une question de recherche 

Avec l'aide de l'universitaire le groupe élabore une question de recherche et définit des hypothèses. Ce temps d'élaboration apprend à se décentrer et une mise à distance des préoccupations personnelles ce qui est l'essence de la posture du/de la chercheur.se. Ce travail permet aussi de prendre en compte les dimensions sociales et économiques des situations auxquelles ils sont confrontés et par-là même de les déculpabiliser et de redonner ou renforcer leur dignité de parents. 

4- Le choix d'une méthodologie de recherche

Les outils sont ceux des sciences sociales : enquêtes par questionnaires et/ou entretiens, lectures et analyse de documents. Avec l'expertise de l'universitaire, chaque UPP décident des outils adéquats à leur question de recherche. Un recueil de données est structuré pour permettre un travail d'analyse et la production de résultats. 

5- La Formalisation écrite 

Les résultats de recherche sont formalisés par écrit. Des stratégies sont développées pour afin de permettre à tous les parents de s'impliquer notamment pour dépasser les appréhensions ou les limites de chacun par rapport à l'écrit.

6- La publication 

L'ACCEP nationale se charge alors de regrouper toutes les productions et de les organiser en un tout cohérent pour publier les travaux. 

UPP-1L'ouvrage "Voix et regards sur l'éducation"

En liminaire, un texte donne des points de repères  sur l'émergence, l'essence et la démarche des UPP. Puis, les 14 recherches organisées sont présentées en  six chapitres thématiques :

  • Réussite éducative dans les quartiers populaires... Possible ?  
  • Transmissions parentales : entre volontés et empêchement.
  • Vers la co-éducation parents-professionnels : un chemin prometteur mais difficile. 
  • Parents-Professionnels dans la protection de l'enfance : construire la coéducation. 
  • Diversité : parents concernés par les différences.
  • Violence des jeunes. Quelles réalités ? Quelles réponses ? 

Chaque chapitre est introduit par une préface d'une personne qui connait le sujet mais qui n'a pas participé à l'une des recherches. C'est à la fois une forme introductive à la thématique du chapitre et un écrit qui synthétise les invariants et les variants des 3 recherches qui suivent. Pour donner un aperçu de ce qu'il en est, en suivant, le sommaire du chapitre 3 et sa préface. 

Chapitre 3 Vers la co-éducation parents-professionnels : un chemin prometteur mais difficile (p 108-169). 

  • UPP de Vénissieux : La coéducation, de l'utopie à la pratique
  • UPP de Bègles : L'enfant vers son autonomie : chemin environnement, coéducation
  • UPP Les chemins d'Aubenas : Enfants, parents, professionnels, autres éducateurs, quelle place pour le dialogue dans le système éducatif français ? 

Préface du chapitre 3 (p 110-111)

En 2012-2013, des changements significatifs du système éducatif se mettent en branle avec la loi de refondation de l’école et le changement des rythmes scolaires. Les parents comme atout à la réussite éducative deviennent des interlocuteurs incontournables pour les professionnels éducatifs. Apparait dans les textes la notion de coéducation.

C’est à ce même moment que trois universités populaires de parents – Aubenas, Bègles, Vénissieux – s’engagent dans des démarches de recherche qui s’intéressent au plus près aux relations entre parents et professionnels éducatifs. Il s’agit de tenter de déterminer les conditions de la réussite éducative en s’intéressant plus particulièrement, pour une UPP, au développement de l’autonomie de l’enfant et le rôle de son environnement pour qu’elle advienne.

Dans des relations d’interdépendance telles que celles parents/professionnels éducatifs, il est acquis que les transformations sont possibles seulement et seulement si les deux parties se mobilisent avec l’intention d’évoluer ensemble. Or ce qui repose sur une « obligation » professionnelle d’un côté, relève d’une volonté propre de l’autre. Cette volonté remarquable et persistante de la part de parents de faire évoluer leurs relations avec les professionnels à partir de données objectives, inspire confiance quant à la fiabilité des résultats obtenus et force l’admiration. La rigueur dans l’usage des outils des sciences sociales pour conduire et analyser des entretiens ou récolter des questionnaires indique une qualité dans la rencontre avec les personnes interrogées. Ce n’est pas sans effet sur le territoire de l’action menée. Et ce n’est pas rien !

Tous partent de mêmes constats :

  • une complexité à dialoguer avec les professionnels avec des postures où il serait souhaitable que chacun ait une place et que chacun soit à sa place ;
  • un manque de reconnaissance dans leur rôle éducatif de parents ;
  • une nécessité de coopérer dans un climat de confiance réciproque afin d’accompagner l’enfant et le jeune dans sa construction d’individu autonome.

Les notions de réussite éducative, de coéducation, d’autonomie de l’enfant, de dialogue apparaissent comme ambitions partagées non sans les avoir préalablement définies entre acteurs de la recherche : « se mettre d’accord sur le sens des mots ». Il est effectivement tout à fait intéressant de ne pas s’en remettre uniquement au sens donné par le dictionnaire ou le concept défini par des scientifiques mais, à partir de ces références, s’entendre sur le sens à travers des situations vécues ou observées au quotidien.

C’est ainsi que l’équipe « Les chemins d’Aubenas » s’est engagée dans un questionnement sur La place du dialogue entre parents, enfants et autres éducateurs.

Dans une première étape, elle a dégagé que le dialogue s’effectue essentiellement : dans des rapports de confrontation, des positionnements hiérarchiques et qu’il n’est pas de même nature en fonction du moment, du lieu et des personnes. Si le dialogue est reconnu comme nécessaire et utile, par toutes les parties prenantes, il ne va pas de soi. S’il ne va pas de soi cela signifie donc qu’il faudrait apprendre à dialoguer en surmontant des freins et en s’appuyant sur des leviers, identifiés par l’équipe. Ce sont autant de repères utiles pour progresser dans d’autres lieux. Finalement, lorsque le dialogue est considéré et travaillé comme un élément constitutif d’accompagnement du projet éducatif global, il participe de la cohésion sociale des micro sociétés (école, activités périscolaires, quartier, etc.) et au-delà, à celle de la société toute entière.

L’UPP de Bègles a traité le sujet « L’enfant vers son autonomie. Chemins – environnement – coéducation » à travers le questionnement suivant : l’enfant est-il acteur de son autonomie ? L’environnement de l’enfant peut-il influencer l’acquisition de son autonomie ? Pour répondre à la première question il est intéressant de noter que l’équipe s’est adressée directement aux premiers concernés : les enfants et les jeunes. Contrairement à la doxa qui laisse entendre qu’un devenir autonome passe par une réalisation individuelle, l’enquête a pu montrer qu’il en allait aussi d’un enjeu entre pairs lorsqu’ils se regroupent pour faire leurs devoirs ou bien d’autres choses encore. Ce qui aboutit au fait que l’enfant, le jeune s’inscrit dans un processus de construction de son autonomie dans un environnement en constante évolution qui lui impose de s’adapter en permanence.

Quid de l’accompagnement des éducateurs qu’ils soient parents ou professionnels et leur nécessaire coopération pour comprendre l’enfant, le jeune dans son parcours ? Reviennent alors au premier plan de définir ce que pourrait être la coéducation et la place du dialogue.

La réussite éducative et la coéducation sont les deux notions centrales saisies par l’UPP de Vénissieux. La première est conditionnée par la seconde. Autrement dit la réussite éducative telle qu’elle a été définie à l’issue du travail d’enquête dépend de relations de qualité entre enfant, jeune, parents et professionnels. Une fois encore sont posés comme freins et leviers les enjeux de communication, de reconnaissance et de confiance réciproque, de rôles et de places, éléments constitutifs de la coéducation.

Il nous semble utile à ce stade des apports riches et utiles des trois UPP de répondre à une question transversale qui taraude les parents des UPP comme les professionnels. Du « mal vécu » de certains parents lié à un ressenti de posture de domination endossé par le professionnel à l’interrogation suivante : un parent est-il un coéducateur comme les autres ?

À l’échelle du temps, en effet, les parents et la famille élargie assurent la continuité de l’accompagnement du tout petit à l’âge adulte ; les professionnels éducatifs, eux, interviennent sur un temps balisé par leur spécialité et leur mission. Pourtant ce sont ces derniers qui ont l’ascendant sur les parents lors de la rencontre et pour cause : le plus souvent ils fixent le cadre de la rencontre, reçoivent dans leur espace professionnel, ils mènent l’entretien. La relation est fondamentalement inégalitaire. Malgré cela, certains professionnels vivent un véritable inconfort à accueillir les voix des parents, surtout en cas de litiges. Ils ne sont pas outillés professionnellement pour considérer les parents comme leurs partenaires. Chercher des solutions ensemble, faire tomber la pression, se décentrer du scolaire, etc. dans l’intérêt des enfants invite alors à cette nécessité de dialogue en « parité d’estime dans une disparité de places », c’est-à-dire accorder une importance primordiale à ce qui a trait aux enjeux de dignité, de légitimation, de confiance réciproque et de co-responsabilités.

En conclusion...

La démarche des UPP est un exemple de prise en considération non seulement des regards et des questionnements des parents sur l'éducation mais aussi une reconnaissance de leurs savoirs d'expérience et encore un support de qualification de leurs savoirs, atout pour rencontrer les institutions. 

Contact : Emmanuelle Murcier emmanuelle.murcier@acepp.asso.fr

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