Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Centre Alain Savary
Navigation

La compréhension, le parent pauvre de l'enseignement de la lecture

Par Hohl Virginie publié 07/05/2018 11:10, Dernière modification 14/05/2018 08:57
Lors de son intervention à l'Institut Français de l'Education, Marie-France Bishop, professeure des universités en sciences de l'Education, spécialiste de didactique du français, à l'université de Cergy Pontoise s’est exprimée sur les résultats de la recherche Lire et Ecrire en ce qui concerne la compréhension en lecture. Marie-France Bishop décline les résultats de la recherche selon trois points de vue, celui des élèves, celui des enseignants et celui des formateurs : - Qu’est-ce que la recherche a observé des difficultés des élèves en compréhension de lecture ? - Qu'est-ce que la recherche a montré de ce que les enseignants enseignent de la compréhension ? - Quelle formation mettre en place pour que la compréhension soit enseignée à tous les élèves de façon efficace ?

Bandeau MF Bishop

la compréhension : une didactique très récente

 La compréhension, comme élément à enseigner, a été définie assez récemment dans les textes officiels. Il faut attendre les instructions de 2002, puis plus récemment celles de 2015, pour qu'elle soit présentée comme un objet à enseigner avec une progression, des démarches et des activités spécifiques, des supports identifiés.

Il s'agit d'un enseignement complexe à mettre en oeuvre, encore peu travaillé en formation, pour lequel les outils didactiques sont récents.
En observant les pratiques dans 131 classes ayant participé à la recherche Lire et Ecrire, le constat suivant a été dressé (il s'agit de moyennes qui ne rendent pas compte des fortes disparités constatées) : 

  • il y a peu de temps globalement alloué à la compréhension (elle représente16% du temps consacré au Lire-Ecrire)
  • 40% de ce temps est consacré à des tâches individuelles, écrites qui n'ont pas d'incidence sur les progrès des élèves.
  • les tâches orales portant sur l'élaboration du sens ne dépassent pas 30 minutes par semaine. Certaines sont mêmes absentes dans près de la moitié des classes observées.

compréhension- 4 familles de compétences

comprendre, c'est élaborer une représentation mentale 

La diapositive placée ci-contre, proposée par Marie-France Bishop et élaborée à partir des travaux de Ecalle & Magnan en 2010, repris en 2015 par Maryse Bianco représente le consensus actuel des recherches sur les connaissances de la compréhension d’un texte. pour élaborer une représentation mentale, il y a quatre compétences  qui interagissent : 

  • les compétences lexicales et linguistiques
  • les compétences stratégiques
  • les compétences référentielles et inférentielles
  • les compétences d'autorégulation et de métacognition. 

dix éléments essentiels pour enseigner la compréhension 

D'autres recherches antérieures (Duke-Pearson-Strachan 2011) suggèrent aux enseignants de prendre en compte un certain nombre d'éléments lorsqu'ils enseignent la compréhension :

  1. Accroître les connaissances des élèves
  2. Motiver la lecture (l’amont) donner envie 
  3. Apprendre à élaborer une représentation mentale
  4. Apprendre à contrôler sa lecture
  5. Enseigner les stratégies -travailler les stratégies dans des ensembles complexes plutôt que par des unités additionnées qui posent le problème du transfert
  6. Faire discuter et débattre les élèves
  7. Développer le vocabulaire
  8. Varier les types de textes
  9. Intégrer lecture et écriture
  10. Différencier l'enseignement

La compréhension, c'est quoi le problème et pour qui ?  

A partir des résultats de la recherche Lire et Ecrire, et dans un souci de transposition pour la formation, Marie-France Bishop décline les résultats en posant une question essentielle qui permet à la fois de prendre en compte les praticiens et leurs contextes, mais aussi de nourrir la recherche et les questions de recherche : 

player1
player1
La compréhension, c’est quoi le problème et pour qui ? 00 : 00
La recherche en question selon 3 angles : les élèves, les enseignants et les formateurs  02 : 59
AngleC'est quoi le problème ?Question de recherche

élèves

Quelles sont leurs difficultés?

Qu'est-ce que la recherche a observé de leurs difficultés ?

enseignants 

Quels sont les problèmes de métier quand ils enseignent la compréhension ?

Qu'est-ce que la recherche a montré de ce qu'ils enseignent de la compréhension et comment l'enseignent-ils ? 

formateurs

Qu’est-ce que former dans le domaine de la compréhension ? Que pouvons-nous mettre en place pour former ?

Comment enseigner la compréhension ? Quelle formation mettre en place ?
Quelle progression et quelle évaluation ?

player2

player2
Une répartition inégale de la compréhension dans le lire-écrire  00 : 00
Les 9 tâches de compréhension 00 : 48

Des disparités entre les classes

01 : 52
Quelle efficacité des tâches d’enseignement 04 : 27
Ce qui peut faire progresser les élèves en compréhension 06 : 51
Un constat paradoxal  08 : 35

la compréhension : encore peu enseignée

La recherche Lire et Ecrire montre que peu de temps est alloué à la compréhension sur l'enseignement global du lire-écrire. En effet, 16% en moyenne du temps accordé à l'enseignement de la lecture est accordé à la compréhension. Cet apprentissage n'apparaît donc pas comme une priorité dans l'enseignement de lecture.

Pour décrire les pratiques liées à la compréhension, les chercheurs ont listé neuf types de tâches : 

  • C1 : définir, expliciter une intention de lecture
  • C2 : anticiper, formuler ou vérifier des hypothèses
  • C3 : décrire, commenter une illustration
  • C4 : expliquer ou reformuler le sens ou évoquer une représentation mentale à propos du phrase ou d'un texte
  • C5 : produire un rappel de récit complet ou partiel ou un rappel de texte explicatif ou de consigne
  • C6 : rendre explicite une information implicite
  • C7 : proposer, débattre ou négocier un interprétation
  • C8 : réaliser une tâche écrite impliquant la compréhension explicite et/ou implicite à propos d'un mot, d'une phrase ou d'un texte
  • C9 : corriger une tâche écrite portant sur la compréhension à propos d'un mot, d'une phrase ou d'un texte.

En moyenne, la modalité « répondre par écrit à des questions » (C8) est sur-représentée (elle représente près de 40% du temps alloué à la compréhension), mais ces activités sont rarement suivies de correction (C9).

Les activités orales portant spécifiquement sur l'élucidation du sens des textes sont également sous-représentées en moyenne dans les classes.

  • Les rappels de récit (C5) représentent en moyenne 12% du temps alloué à la compréhension.
  • les explicitations, les reformulations ou les élaborations de représentation mentale (tâches codées C4) constituent 16% de cette durée.
  • De même, les tâches consistant à rendre explicite une information implicite (codées C6) et les activités de débats ou de négociation de sens (tâches codées C7) n'occupent chacune pas plus de 3,5% du temps global.
    Ces deux dernières n'apparaissent jamais dans près de la moitié des 131 classes de l'étude.

Focus sur quelques diapositives issues de l'intervention de Marie-France Bishop

Sur la répartition inégale de l'enseignement de la compréhension 

répartition inégale compréhension 1 répartition inégale compréhension 2
Sur la typologie des tâches et des exemples de situation

typologie des tâches

typologie des tâches- compréhension

exemple situationexemple situation2

l'enseignement de la compréhension est un levier pour lutter contre les inégalités.

player3
player3
Les évaluations 00 : 00
Distinction entre 2 compétences: compréhension et décodage 01 : 46

Les résultats des évaluations différence entre compréhension de phrases et de textes

02 : 39
Un constat paradoxal 04 : 34
Les difficultés - texte Anatole 06 : 12
Des résultats très hétérogènes 07 : 36
Des constats contradictoires 09 : 18

Dans la recherche Lire et Ecrire, l'évaluation de compréhension portait sur cinq items : le vocabulaire en réception, la compréhension de phrases entendues, la compréhension de phrases lues seul, la compréhension de textes entendus, la compréhension de textes lus en autonomie. 

Les résultats des évaluations entre "comprendre des phrases entendues" (81% de réussite) et "comprendre des textes entendus" (49% de réussite) sont très significatifs. La difficulté réside dans la compréhension de textes puisqu'elle met en place des compétences variées et complexes qui sont absentes dans la compréhension de phrases. La pratique des enseignants et l'utilisation de certains fichiers insistent davantage sur la compréhension de phrases que sur les textes.

Les scores très proches sur la compréhension des textes "lus" ou "entendus" à la fin du CP valide le fait que ce n'est donc pas la capacité à décoder qui empêche la compréhension d'un texte entendu mais bien la compréhension elle-même des textes lus ou entendus. 

l'évaluation de textes entendus

Le texte "Anatole", choisi par les chercheurs pour l'évaluation, s'appuie sur la "théorie de l'esprit" : il faut comprendre ce que l'autre a compris, il faut comprendre que l'autre n'a pas compris. Cette évaluation fait la preuve que les difficultés ne se situent pas au niveau du décodage, mais bien au niveau de la compréhension inférentielle. Cette compréhension est justement  peu enseignée. 

L'analyse des résultats entre le début et la fin du CP montre peu de progrès pour les faibles compreneurs. 

Focus sur quelques diapositives issues de l'intervention de Marie-France Bishop

Sur l'évaluation des compétences en compréhension texte anatole questions anatole
Sur les résultats des évaluations  résultats évaluations compréhension compréhenion- évaluation- résultats hétérogènes

Pour aller plus loin...

 

Revue française de pédagogie 

• R. Goigoux : Apprendre à lire et à écrire au cours préparatoire : enseignements d’une recherche collective (2p., présentation du numéro de la RFP)

• Les facteurs explicatifs des performances en lecture-compréhension à la fin du cours préparatoire (R. Goigoux, S. Cèbe et J. Pironom) (article payant pour les lecteurs hors université)

• conférence donnée par Sylvie Cèbe à l'IFE : un outil pour apprendre à comprendre

CNESCO

• Apprendre et enseigner la compréhension en lecture : que sait-on des pratiques efficaces ? Paroles d'experts 

•  Que sait-on aujourd'hui des capacités des élèves à lire et à comprendre des textes divers ? Thierry ROCHER, DEPP 

 

En résumé

A travers différentes questions de recherche, Marie-France Bishop s'exprime sur les constats de l'enseignement de la compréhension :

  • la recherche Lire et Ecrire a observé que les difficultés se situent davantage en compréhension de textes que sur la compréhension de phrases et en l'occurrence davantage sur les compétences inférentielles (cf texte Anatole).
  • elle a montré que l'enseignement de la compréhension, tel qu'il a été observé dans 131 classes, ne favorisait pas pour tous les élèves les mêmes les progrès 
  • il ne suffit pas que les maitres allouent plus de temps à l’enseignement de la compréhension pour provoquer des changements significatifs en compréhension. Certaines configurations temporelles s’avèrent plus efficaces que d’autres : on observe ainsi que les enseignant·e·s qui recourent aux tâches orales C1 à C7 de manière constante tout au long de l’année provoquent des effets positifs sur l’épreuve de compréhension des textes entendus à la fin du CP.
  • on constate que le fait d’accroître la durée des tâches de compréhension au cours de l’année scolaire engendre des progrès significatifs à l’épreuve de lecture autonome chez les élèves initialement faibles en compréhension.

Fort de ce constat, le Centre Alain-Savary a proposé à un groupe de chercheurs et de formateurs de contribuer à la conception de ressources et de parcours de formation qui aident les formateurs à trouver des pistes d'action concrètes avec les équipes d'enseignants. En effet, nous savons qu'il ne suffit pas de "prescriptions" de recherche pour construire des outils utiles et utilisables par les enseignants.

Nous vous proposerons bientôt ces ressources à tester. A suivre, donc...

Présentation du centre

vignette-teaser-cas

Lettre d'actualités
newsletters Pour vous abonner, entrez votre adresse de messagerie :

Actualités
22/05/2018 "Écrire c'est à la fois calligraphier, copier, encoder et produire" explique Bernadette Kervyn, maitre de conférence à l'université de Bordeaux lors de son intervention en formation de formateurs à l'IFÉ en novembre 2017. Partie prenante de la recherche Lire et Ecrire, elle s'intéresse particulièrement à l'écriture : encodage, copie différée et production d'écrits.
04/05/2018 Le 5 et 6 avril 2018 a eu lieu le colloque international EVASCOL sur le thème « École, migration, itinérance : regards croisés ». Ce fut l’occasion d’interroger la place de l’enseignement et l’apprentissage des mathématiques dans des contextes variés, et plus singulièrement la place de l’histoire et la culture/les cultures des mathématiques. La question d'enseignement à des élèves en situation d'allophonie (EANA=élève allophone nouvel arrivant) permet de travailler les langages qui sont au cœur de l'enseignement et l'apprentissage de la discipline. Tout en prenant en compte la nécessité de différentes modalités de prise en charge des élèves allophones dans une école inclusive, cette question de la confrontation à l'histoire et la culture des mathématiques par la médiation des langages touche tous les élèves, ainsi le propos de cet article cible tous les élèves.
25/04/2018 Le Centre Alain Savary produit des ressources, organise des séminaires et des formations sur la thématique des relations École-Familles. Lors de ces travaux nous avons eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises avec l'Association des collectifs enfants parents professionnels (ACEPP). L'ouvrage ci-dessous donne un nouvel écho d'une démarche que conduit cette association : les Universités populaires de parents (UPP).
10/04/2018 Réunis à l'IFé pour la deuxième session de la formation "Gérer les élèves "perturbateurs", concevoir des formations pour soutenir les enseignants", les stagiaires ont travaillé - à partir de leur vécu de formateurs et d'accompagnants, de témoignages de formateurs, et d'analyses de vidéos de situations de classe - pour identifier les freins et leviers pour construire des formations.
04/04/2018 Michel Ramos est enseignant/formateur à la faculté d'éducation de l'université de Montpellier (partenaire de l'ESPE) depuis plusieurs années. Il travaille avec ses étudiants et avec les enseignants stagiaires, à partir de vidéos de séquences courtes mettant en scène des enseignants, débutants ou chevronnés. Il témoigne de la difficulté, pour les formateurs comme pour les enseignants, de conduire un travail d'analyse et affirme la nécessité de se doter d'outils collectifs pour se prémunir de la tendance au jugement.
30/03/2018 Françoise Estival est une professeure des écoles expérimentée qui exerce dans la Drôme. Depuis 2002 elle a une mission d’accueil et d’accompagnement de parcours de scolarisation d’élèves allophones nouvellement arrivés au sein du dispositif UPE2A. Dès le départ, cette enseignante a rapidement constaté que le temps dédié à l’apprentissage de la langue française et celui de l’accompagnement dans le processus d’acculturation à l’école étaient bien insuffisants. Elle a alors fondé une association Faciliter le langage aux enfants (FLE).
30/03/2018 Suite à la présentation du dispositif associatif "Faciliter le langage aux enfants", Cécile Goï, professeur d'université et didacticienne en FLS/FLE à l'université de Tours, analyse les enjeux des constructions de l'altérité dans les relations avec les familles en situation de migration récente.
28/03/2018 Sylvia est enseignante en CE1, elle conduit une séance de résolution de problèmes, en co-enseignement avec le Maître +.
26/03/2018 Pourquoi enquêter sur les religions, les discriminations et le racisme en milieu scolaire ?
20/03/2018 Lors d'une formation sur le lire-écrire destinée à des formateurs et des cadres de l'Education Nationale, à l'Institut Français d'Education le 14 novembre 2017, Olivier Monso, de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'Education Nationale, présente les résultats de sa synthèse sur l’effet de la réduction de la taille des classes sur la réussite scolaire en France.
Contacts

Centre Alain-Savary

IFé - ENS de Lyon
15 parvis René Descartes
BP 7000
69342 Lyon Cedex 07

courriel : cas.ife[at]ens-lyon.fr