Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Centre Alain Savary
Navigation
Vous êtes ici : Accueil / Métiers / Formateurs / Une formation continue des enseignants aujourd'hui

Une formation continue des enseignants aujourd'hui

Par Stéphane Kus publié 13/03/2015 14:50, Dernière modification 14/04/2016 12:05
Quelle serait une formation continue véritablement efficiente (une « bonne » formation) aujourd’hui ? À partir de notre expérience, on peut aujourd'hui définir un certain nombre de buts et de moyens pour la formation continue, rassemblés en cinq grands ensembles

Une formation continue des enseignants aujourd’hui. Pour (faire) quoi ? 

surnumerairesEssentiellement, pour avoir des espaces et des temps disponibles afin de mieux comprendre la nature des difficultés ordinaires d'apprentissages que rencontrent les élèves, d’une part, mais aussi mieux comprendre les problèmes ordinaires d'enseignement auxquels sont confrontés les professionnels de l'éducation et de l'enseignement, d'autre part. Contrairement à ce qu'on oppose souvent, ces deux aspects sont souvent indissociables pour comprendre ce qui se passe dans la classe : didactique et didactique professionnelle, savoirs à enseigner et savoirs pour enseigner ne s'opposent pas, mais se combinent, s'articulent pour constituer un "milieu d'apprentissage" plus ou moins riche, plus ou moins susceptible de faire entrer des élèves dans les réquisits (souvent implicites) de l'École. Un des défis de la formation est donc de "ramener l'ordinaire de la classe", pour pouvoir le décrire, le comprendre (notamment du point de vue des professionnels eux-mêmes), en cherchant "les bonnes raisons que les gens ont de faire ce qu'ils font", avant de chercher à quelles conditions ils pourraient faire autrement.... C'est toujours, on le verra, un défi pour le formateur qui est alors contraint d'entrer dans d'autres "points de vue" que les siens...

Quelle serait une formation continue véritablement efficiente (une « bonne » formation) aujourd’hui ? 

À partir de notre expérience, on peut aujourd'hui définir un certain nombre de buts et de moyens pour la formation continue, rassemblés en cinq grands ensembles :

5 directions pour la FC

  1. Lire ensemble le réel, pour apprendre à comprendre comment l'activité des élèves et celle des maitres s'articulent, s'opposent, s'enchâssent... Cela peut passer par des analyses de séquences vidéos du travail dans la classe, de travaux d'élèves, d'évaluations, d'entretiens, en prenant largement appui sur l’expérience concrète des formés (en favorisant ce qui permet de partager, mutualiser, discuter, capitaliser des expériences de travail).
  2. Faire connaitre le prescrit, notamment pour ne pas en rester à des idées préconçues, savoir ce qu'on peut "en faire" dans le travail réel. Cela passe souvent par une traduction, une reformulation de ce qui est demandé dans les textes, dans les programmes, pour que les professionnels puissent discuter de ce que ca leur demande, de ce qu'ils n'arrivent pas (encore) à faire...
  3. Partager des références, comme des modèles explicatifs qui permettent de mettre des mots sur les choses, de découper le réel pour tenter de le comprendre. En même temps, c'est aussi aider les acteurs à comprendre qu'il n'y a pas, en soi, de "bonne" lecture du monde éducatif : sociologie, psychologie, didactiques, analyse du travail, théories pédagogiques semblent toujours s'opposer, alors que ce sont des lectures, des focales différentes sur des objets. Pour le formateur, ce ne sont pas des bibles, ce sont des outils pour penser le monde, le découper, l’expliciter avec les professionnels qu'il forme. Il n'existe pas qu'une seule lecture théorique du monde, et c'est bien ce qui rend le travail du formateur difficile : il ne peut pas être spécialiste de tout, mais il doit sans arrêt faire le va-et-vient entre sa "lecture du monde", organisée par sa propre formation et sa propre expérience, et celle des professionnels avec qui il travaille. Cette "activité partagée" n'est jamais gagnée… 
  4. Oser les outils pour aider les professionnels à travailler. On raille souvent les demandes des formés à disposer d'outils maniables, utilisables, testables... Nous pensons au contraire que c'est une demande légitime. On ne peut pas demander aux enseignants d'inventer leurs outils, même si tout professionnel qui utilise un outil qui lui est proposé va le tordre, le mettre à sa main...
  5. Accompagner dans la durée : quelle que soit la formation, il ne suffit pas d’expliquer pour transformer. Il faut donc penser des modalités de formation hybrides, au sens propre, qui alternent des temps différents : recueillir des données, apporter des informations, faire des expériences et des essais, revenir sur ce qu’on a fait… Ces différents temps sont nécessaires pour gagner la confiance entre formés et formateurs, faire culture commune, discuter les manières de faire... Evidemment, les technologies permettent l'utilisation de plateformes ressources, comme Neopass@ction que nous avons réalisée pour cela, mais la médiation par des situations collectives de travail est indispensable.

À l’heure du tout-numérique, la formation continue doit-elle basculer du côté des plateformes de ressources ou de formation « hybride » ? Quel retour d’usages réels de la plateforme NéoPass@ction développée par l’IFE ?

 

Screenshot NéoPassEvidemment, il existe actuellement un rêve de mauvais DRH qui consisterait à penser qu'on va construire des parcours de formation "à distance" qui, par la magie du numérique, seraient en soi "apprenants". Cependant nous avons travaillé cette question en formation de formateurs, ce qui nous a permis de construire une « grammaire de l’hybride » qui permet de ne pas penser ces questions à partir d’une approche strictement technologique, mais en fonction des buts qu’on cherche à atteindre.

Notre recul de cinq années d'utilisation de Neopass@ction par plusieurs dizaines de milliers d'utilisateurs nous donne quelques enseignements utiles :

  • d'abord, pour la formation des débutants, l'outil permet de scénariser l'activité des débutants, en montrant à la fois ce qu'ils font, mais aussi ce qu'ils pensent, ressentent. En formation, cela va permettre à tous, formés et formateurs, d'accéder rapidement au fait que les "questions de débutants" ne sont pas des problèmes "personnels", mais des problèmes... de débutants : « avoir » (ou « prendre ») la classe, « réagir en vol » à une difficulté, se rendre compte que la préparation a plus ou moins permis d'anticiper les difficultés que vont rencontrer les élèves, comprendre que les élèves sont différents… Encore une fois, cela permet aussi au formateur de comprendre que les préoccupations de ses stagiaires ne sont pas forcément les siennes, et que ce « couplage » entre sa propre activité et celle des formés ne va jamais de soi ;
  • ensuite, les formateurs nous ont expliqué qu’ils utilisent aussi Neopass@ction pour travailler avec les enseignants plus chevronnés sur les « problèmes de métier » (pas seulement les problèmes de débutants). Pourquoi ? Parce que le fait de montrer des enseignants en situation « fragile », plus ou moins satisfaisante, autorise paradoxalement les enseignants plus chevronnés qui découvrent ces images à dire « moi aussi… ». En effet, un professionnel expérimenté n’a jamais totalement réglé ses « problèmes professionnels ordinaires » (passer une consigne, réagir à un incident, organiser un rituel, faire classe à cours double, mettre les élèves au travail…). La controverse est alors toujours utile pour comprendre comment chacun réagit face aux nombreux dilemmes qu’il a à régler : forcer le silence pour commencer ou commencer pour que le silence se fasse ? Expliciter aux élèves les attendus de la consigne, au risque de faire long, ou au contraire faire démarrer vite l’activité ? Revenir sur un acquis défaillant ou engager la résolution du problème complexe ? Traiter un conflit sur le champ ou différer ?... En tout état de cause, les formateurs qui s’autorisent à « traiter des questions de métier », dans toute leur complexité, constatent alors que l’engagement des formés devient rapidement beaucoup plus fort, lorsqu’ils font l’expérience que c’est bien le cœur de leur activité « ordinaire » qui est l’objet du travail collectif…

On parle de Formation Continue, mais qui formera les formateurs ? Quelle formation des formateurs donc ? 

fdf-petite-enfance2Pour nous, c’est la bonne question. Actuellement la formation distingue encore trop souvent les « formateurs de terrain » et les « spécialistes » disciplinaires avec une division du travail de la formation qui doit être discutée.  Comme s’il y avait des formateurs qui expliquent ce qu’il y a à faire, et d’autres qui illustrent comment on fait. Or, pour un formateur, articuler les cinq dimensions décrites ci-dessus est évidemment très compliqué et parfois difficile compte-tenu des contraintes institutionnelles. C’est aussi devenu plus complexe parce que, de plus en plus, l’institution demande aux professionnels (formés comme formateurs) de travailler en projets, en collaboration avec d’autres, y compris en générant nombre d’insatisfactions sur l’organisation du travail ! 

Nous accompagnons actuellement deux modalités de formation de formateurs qui nous semblent complémentaires, et se développent actuellement :

  • des sessions de formation filées, à la demande des DASEN ou des recteurs, dans lesquelles on accompagne la réflexion des formateurs sur leurs propres problèmes de travail : accompagner des débutants, mettre en œuvre des dispositifs comme « plus de maitres que de classes », développer la scolarisation des petits ou l’évaluation par compétences, concrètement, comment s’y prendre pour aider les enseignants ? Quels types d’accompagnement et formation organiser ? Avec quels contenus ?
  • la participation à des masters de formation de formateurs, dans un cadre universitaire, qui vont outiller les formateurs avec des contenus de savoirs « disciplinaires » et des méthodes d’observation et d’analyse du travail à des fins de formation.

Dans ces deux types de contexte, nous constatons une grande efficacité de ces dispositifs, notamment parce qu’ils renforcent la capacité des formateurs à mettre des mots sur leurs connaissances de métier, à développer de nouveaux outils et de nouvelles connaissances (gestes, règles de métier, organisations « capacitantes » du milieu de travail…), à confronter leurs points de vue, à relativiser leurs croyances, à découvrir de nouveaux modèles explicatifs du monde. Les formateurs témoignent souvent ensuite d’un réel développement de leur « pouvoir d’action » avec ceux qu’ils forment, et, cerise sur le gâteau,  une véritable satisfaction professionnelle… 

La formation des formateurs est une priorité si on veut aider les enseignants à développer le travail collectif, pour mieux agir sur les difficultés ordinaires d’apprentissage des élèves. Les différentes institutions sont condamnées à collaborer pour y parvenir, et nous disposons désormais de modèles robustes pour aider en formation à analyser le travail des enseignants (Bucheton, Goigoux, Reuter, Ria…) C’est un défi passionnant pour ceux qui veulent aider l’École à tenir ses promesses de réussite de tous.

 
Contenus corrélés
5 directions pour la FC
Présentation du centre

vignette-teaser-cas

Lettre d'actualités
newsletters Pour vous abonner, entrez votre adresse de messagerie :

Actualités
17/07/2018 Responsable du service "Veille & Analyses" de l'IFÉ, Olivier Rey précise à quelles conditions il lui semble possible de réformer le système éducatif. Il s'appuie sur le dossier qu'il a réalisé, pour rendre accessibles les résultats des recherches internationales sur la question.
02/07/2018 Faut-il travailler des catégorisations de problèmes en formation et/ou dans la classe avec les élèves ? Si oui, lesquelles ? Intérêts/limites de ce travail ? Et la schématisation, quel rôle joue-t-elle dans l'enseignement de la résolution de problèmes en mathématiques ? Ces questions préoccupent les formateurs et les enseignants. Le Centre Alain Savary a sollicité les points de vue de chercheurs en didactique des mathématiques et en psychologie cognitive pour tenter de comprendre où sont les controverses.
28/06/2018 Dans l'académie de Versailles, des formateurs "Education Prioritaire" sont sollicités par un lycée pour travailler la question du travail personnel. Bien que ce soit "hors réseau", ils relèvent le défi à partir d'une observation précise de l'ordinaire du travail des enseignants et des élèves.
19/06/2018 Conseillers pédagogiques à Cluses (74), Aude Valéro et Eric Sonzogni ont mis en place les conditions de l'accompagnement et de l'évaluation du travail mis en oeuvre avec les écoles travaillant dans le cadre du dispositif "Plus de maitres que de classes". Verdict en graphiques.
02/06/2018 En quoi les propos d’un sociologue de l’action publique peuvent-ils rejoindre les préoccupations des formateurs et des pilotes ? Xavier Pons s’intéresse à la façon dont les politiques conçoivent et mettent en oeuvre des réformes, et donc cherche à comprendre les relations entre les acteurs. En plongeant dans les vingt dernières années de politiques éducatives, il nous livre des clés tout à fait utiles pour comprendre et agir au présent.
30/05/2018 A vos agendas ! Les formations du centre Alain-Savary, organisées dans le cadre de l'IFE, sont accessibles gratuitement aux cadres, formateurs, coordonnateurs, qui souhaitent y participer. Les formations ont lieu à l’IFE 19 allée de Fontenay 69007 Lyon. Elles sont destinées à soutenir et outiller les professionnels en charge de construire des espaces de formation, d'accompagnement et de travail collectif des personnels enseignants et éducatifs.
22/05/2018 "Écrire c'est à la fois calligraphier, copier, encoder et produire" explique Bernadette Kervyn, maitre de conférence à l'université de Bordeaux lors de son intervention en formation de formateurs à l'IFÉ en novembre 2017. Partie prenante de la recherche Lire et Ecrire, elle s'intéresse particulièrement à l'écriture : encodage, copie différée et production d'écrits.
07/05/2018 Lors de son intervention à l'Institut Français de l'Education, Marie-France Bishop, professeure des universités en sciences de l'Education, spécialiste de didactique du français, à l'université de Cergy Pontoise s’est exprimée sur les résultats de la recherche Lire et Ecrire en ce qui concerne la compréhension en lecture. Marie-France Bishop décline les résultats de la recherche selon trois points de vue, celui des élèves, celui des enseignants et celui des formateurs : - Qu’est-ce que la recherche a observé des difficultés des élèves en compréhension de lecture ? - Qu'est-ce que la recherche a montré de ce que les enseignants enseignent de la compréhension ? - Quelle formation mettre en place pour que la compréhension soit enseignée à tous les élèves de façon efficace ?
04/05/2018 Le 5 et 6 avril 2018 a eu lieu le colloque international EVASCOL sur le thème « École, migration, itinérance : regards croisés ». Ce fut l’occasion d’interroger la place de l’enseignement et l’apprentissage des mathématiques dans des contextes variés, et plus singulièrement la place de l’histoire et la culture/les cultures des mathématiques. La question d'enseignement à des élèves en situation d'allophonie (EANA=élève allophone nouvel arrivant) permet de travailler les langages qui sont au cœur de l'enseignement et l'apprentissage de la discipline. Tout en prenant en compte la nécessité de différentes modalités de prise en charge des élèves allophones dans une école inclusive, cette question de la confrontation à l'histoire et la culture des mathématiques par la médiation des langages touche tous les élèves, ainsi le propos de cet article cible tous les élèves.
25/04/2018 Le Centre Alain Savary produit des ressources, organise des séminaires et des formations sur la thématique des relations École-Familles. Lors de ces travaux nous avons eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises avec l'Association des collectifs enfants parents professionnels (ACEPP). L'ouvrage ci-dessous donne un nouvel écho d'une démarche que conduit cette association : les Universités populaires de parents (UPP).
Contacts

Centre Alain-Savary

IFé - ENS de Lyon
15 parvis René Descartes
BP 7000
69342 Lyon Cedex 07

courriel : cas.ife[at]ens-lyon.fr