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Conclusion : L'accompagnement à la scolarité, travailler sur le réel pour avancer vers le souhaitable

Par Stéphane Kus publié 07/07/2015 17:15, Dernière modification 14/04/2016 12:05
Journées d'étude "Questions vives du partenariat et réussite éducative. Quelles collaborations locales et institutionnelles pour améliorer l’accompagnement à la scolarité ?"

 

"Historiquement le partenariat dans les quartiers prioritaires s’est construit autour de dispositifs qui venaient financer des actions "en plus" pour ceux qui auraient "moins". Le problème de ce "plus", c’est qu’il n’interroge que rarement le fonctionnement ordinaire des institutions de "droit commun", que ce soit l’école ou les services éducatifs mis en place par les collectivités. On passe du coup beaucoup de temps "partenarial" à construire des actions qui tentent de panser les inégalités produites par les institutions, en se préoccupant rarement de penser la manière dont on pourrait réduire ces inégalités produites en faisant évoluer leurs fonctionnements ordinaires. Par exemple, que d’énergie dépensée depuis plus de trente ans autour de l’accompagnement à la scolarité et de "l’aide aux devoirs", sans que les devoirs, comme pratique produisant de l’inégalité de réussite scolaire, soient interrogés."

Voici ce que nous écrivions en conclusion du rapport du séminaire 2012-2013.

Ces journées d'étude ont donc pris comme objet de travail cette "vieille" question de l'accompagnement à la scolarité en essayant de tenir le pari de prendre en compte à la fois les difficultés des enfants et de leurs parents dans leur rapport à l'école, les difficultés des (nombreux) professionnels qui travaillent à les "accompagner", et les difficultés des responsables de chaque institution à piloter ensemble ce que chacun fait sur cette question, pour sortir de la seule "gestion" de l'existant et lui redonner son sens initiale de lutte contre les inégalités scolaires.

Ces deux jours ont certes esquissé ce que pourrait être un "souhaitable" de l'accompagnement à la scolarité :

  • avec une école qui se ré-approprierait la question des devoirs sous la forme d'un apprentissage progressif du travail personnel par les élèves tout au long de leur scolarité ;
  • avec des accompagnants formés qui pourraient aider les enfants des milieux populaires à construire un rapport personnel et "désirable" aux savoirs de l'école dans des activités de découverte et de partage non-scolaires ;
  • avec des accompagnants qui pourraient à la fois soutenir les parents dans leur rapport à l'école et soutenir les enseignants dans leur relations aux parents ;
  • avec différents métiers d'éducateurs (enseignants, animateurs, ATSEM, référents de la Réussite Educative, etc.) qui peuvent travailler à comprendre comment les autres peuvent contribuer différemment à un même objectif collectif de réussite scolaire.
Mais le souhaitable ne se réalise jamais par le seul pouvoir performatif d'un décret ou d'un dispositif. Il demande aux différents responsables locaux de travailler aussi à comprendre les raisons qui font que le réel est ce qu'il est :
  • la sous-traitance des devoirs à l'extérieur de la classe renvoie à des problèmes structurels de l'organisation de l'école (articulation entre exigences des programmes, modalités dominante de travail des enseignants et des élèves dans une organisation du temps contrainte), tout autant qu'à des enjeux relationnels avec les familles (les attendus supposés réciproques des parents et des enseignants sur ce que l'autre devrait faire) ;
  • l'externalisation et l'individualisation du traitement de la difficulté scolaire renvoie à la difficulté des enseignants (et des cadres et formateurs de l'institution scolaire) à comprendre la nature des difficultés scolaires (notamment des élèves de milieu populaire) et à sortir des modèles éducatifs de type "diagnostic/remédiation" ;
  • les logiques de recherche de financements, dans un contexte où les moyens se raréfient et se précarisent à travers les appels à projets, peuvent transformer les dispositifs en guichets lorsque le sens et de la réflexion partagée qu'ils sont censés porter font défaut ;
  • l'agenda politique des réformes, comme pour celle des rythmes, peut parfois se faire au détriment de la concertation et de la préparation bien en amont des changements à opérer.
  • les logiques institutionnelles et professionnelles sont difficiles à décloisonner - et c'est aussi en partie normal - ce qui fait que le travail en partenariat est souvent vécu comme à la marge, voire en plus, du travail ordinaire.

C'est aussi en se donnant les moyens de comprendre et de se dire pourquoi chacun fait ce qu'il fait, qu'on a des chances d'arriver à construire collectivement les conditions pour faire un peu mieux ce qu'on n'arrive pas encore à faire :

"N’importe quel travailleur, n’importe qui d’entre nous sent que le désir brûle de ce côté là : dans l’effort pour chercher ensemble à faire ce qu’on n'arrive pas encore à faire, à dire ce qu’on n'arrive pas encore à dire." 

Yves Clot, Re-créer le travail, Intervention aux États généraux de la Culture. Théâtre de la Commune, Aubervilliers, 15 Novembre 2004


S. Kus, juillet 2015

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